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Les Temps Modernes

Le Temps qui reste

This is England

Three Times

To Be or not to Be - “Jeux dangereux”

Très bien, merci

Trois Enterrements

True Romance

Truman Capote

 

Les Temps Modernes
Les Temps Modernes


Titre original: Modern Times
Réalisateur: Charles Chaplin
Interprètes: Charles Chaplin (l'ouvrier), Paulette Goddard (la gamine), Henry Bergman (le propriétaire du café)…
Date de sortie: 1936
Genre: Comédie
Durée: 1h27
Nationalité: États-Unis

Critique mise en ligne en oct. 2006

Les Temps Modernes est un monument d'intelligence et de qualité d'analyse de la société. Ce chef d'œuvre du septième art, sorti en 1936, traite du taylorisme et de ses méfaits, notamment la déshumanisation du travail. La première scène du film – le parallèle entre le troupeau de moutons allant à l'abattoir et les ouvriers entrant dans l'usine – montre que cette forme de travail au service des machines transforme l'homme en animal, l'homme étant aliéné par le travail. Les ouvriers, par le travail à la chaîne, par la division du travail en tâches simples et répétitives, sont donc devenus une bande de moutons, dans un but de productivité toujours plus forte. Sur le premier carton de ce film muet: "Un récit sur l’industrie, l’initiative individuelle et la croisade de l’humanité à la recherche du bonheur." A nouveau, Charlie Chaplin combine dans ce film incroyablement moderne la comédie, l'émotion, le romantisme, la satire et les préoccupations sociales.

Les Temps Modernes est en fait une série de sketches souvent très comiques. Un grand moment a lieu lorsque Charlot se retrouve malgré lui meneur d'une manifestation de grévistes. Parmi les différentes séquences qui composent le film, il s'agit parfois de moments poétiques, comme lorsque Charlot se trouve dans les engrenages d'une machine. Parfois, les scènes sont plus cocasses, par exemple quand Charlot doit faire face à la machine qui donne à manger. Il y a également de la musique, de la chanson, de la danse, pour une séquence d'anthologie dans un cabaret, à la fois humoristique et entraînante.

Tout au long du film, la géniale musique composée par Chaplin porte les mésaventures de Charlot. Chaplin interprète l'ouvrier Charlot mieux que jamais. Paulette Goddard joue une gamine orpheline, attachante et ravissante, dont Charlot tombera amoureux. Charlie Chaplin et Paulette Goddard étaient alors en couple, leur mariage durera quatre ans. La fin du film est magnifique, car, heureux et main dans la main, Charlot et sa petite amie trouvent la voie vers le bonheur et la liberté. Ce qui est finalement assez rare dans les longs métrages du grand Chaplin…

Alexis

 

 

Le Temps qui reste


Réalisateur: François Ozon
Interprètes: Melvil Poupaud (Romain), Jeanne Moreau (Laura), Valeria Bruni-Tedeschi (Jany), Daniel Duval (le père), Marie Rivière (la mère)…
Date de sortie: 30 novembre 2005
Genre: Drame
Durée: 1h25
Nationalité: France

Critique mise en ligne en déc. 2005


Le temps qui reste commence lorsque l'on apprend que l'on n'a plus que quelques mois à vivre, trois en ce qui concerne Romain. Romain est un personnage présentant plusieurs facettes: un physique avantageux, un talent prometteur de photographe mais aussi un égoïsme certain et il dit lui même qu’il n’est pas quelqu’un de gentil. Il vient d'apprendre la mauvaise nouvelle: il est atteint d'une tumeur. Il refuse la chimiothérapie, ne croyant pas en son efficacité. Ses jours sont comptés. Il est aimé par tout le monde et va commencer à dire à sa manière qu'il les aime… en s'éloignant d'eux, pour se réconcilier avec lui-même et retrouver l'innocence, la joie de vivre et la gentillesse qu'il avait enfant. Les sentiments de culpabilité et de nostalgie vont s'entremêler. C'est la visite à sa grand-mère, la seule personne à laquelle il aura annoncé la sinistre vérité, qui changera son comportement. Finie la colère, place à la générosité.
François Ozon nous bouleverse avec ce sujet pesant. Plus grave que 5x2, Le temps qui reste rejette pourtant le misérabilisme privilégiant la vraie émotion (la larme à l’œil est bien présente), qui provient en grande partie de Melvil Poupaud, présent dans toutes les scènes, impressionnant d’intensité, qui régresse physiquement et psychologiquement au fil du film… pour finir sous le sable…

Alexis

 

 

This is England
This is England


Réalisateur: Shane Meadows
Interprètes: Thomas Turgoose (Shaun), Stephen Graham (Combo), Andrew Shim (Milky), Joseph Gilgun (Woody), Jo Hartley (Cynth)...
Date de sortie: 10 octobre 2007
Genre: Drame
Durée: 1h37
Nationalité: Grande-Bretagne

Critique mise en ligne en déc. 2007

L'histoire se passe au début des années 80, sous l'ère Thatcher. Shaun, 12 ans, vit avec sa mère dans une ville du Nord de l’Angleterre. Le Nord, ses beaux paysages, ses rudes accents et ses problèmes sociaux. Shaun, attristé par la mort de son père, raillé par ses camarades de l'école, va rencontrer les skin-heads Woody, Combo, Milky...

This is England, ce n’est pas l’Angleterre dans sa globalité mais une partie de la société anglaise, celle plutôt pauvre, plutôt prolétaire, plutôt disposé à des attirances extrémistes. Les gens se sentent seuls ou moqués ou abandonnés. Ils adhérent ainsi facilement à des groupes qui développent en leur sein un fort sentiment identitaire. Et l’implication dans ces bandes n’est pas étrangère à certains actes de violence démonstrative, elle y est même propice comme lorsque Shaun et ses nouveaux amis s’en prennent à l’épicier d’origine pakistanaise. Dans la lignée de l’oeuvre de Ken Loach, ce drame politique et social exprime très bien le manque de repères qui habite beaucoup de gens ainsi que la violence intérieure et extérieure omniprésente dans la société, surtout occidentale.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce film, c’est l’absence de stéréotypes : les skinheads, équipés de l’attirail habituel (avec crâne rasé, chemise Sherman, jeans, bretelles, grosses bottes coquées, etc.) ne sont pas tous des gens assoiffés de sang et remplis de haine. Par exemple, Combo l’extrémiste accepte la décision de Woody de ne pas suivre son chemin. Ce qui fait qu’on est surpris par chacun des personnages. En effet, on peut facilement avoir des préjugés, à tort, lorsqu’on rencontre au début du film les skin-heads Woody et Milky. Or, chaque personnage a sa part de complexité. Même si ce film est assez dur, parfois oppressant (particulièrement la dernière scène chez Combo), il est aussi divertissant, puisque non dépourvu d'humour, british bien sûr ! Et peut être aussi parce que This is England est aussi au fond une belle histoire d’amitié. Porté par Thomas Turgoose (dans le rôle de Shaun), un sacré gamin, une vraie tête d’anglais, This is England est un très bon film qui ne laisse pas insensible.

Alexis

 

 

Three Times

 

Réalisateur: Hou Hsiao-hsien
Interprètes: Shu Qi (May en 1966, Ah Mei en 1911, Jing en 2005), Chang Chen (Chen en 1966, M. Chang en 1911, Zhen en 2005)…
Date de sortie: 16 novembre 2005
Genre: Drame
Durée: 2h12
Nationalité: Taïwan

Critique mise en ligne en déc. 2005

Synopsis ABC:

Trois époques: 1966 (le temps des amours), 1911 (le temps de la liberté), 2005 (le temps de la jeunesse). Un jeune homme, une jeune femme qui s'attirent, se perdent ou essaient de s'aimer.

Trois tableaux avec un même couple d'acteurs mais une musique adaptée à chaque époque. Trois tableaux d'une qualité inégale. Le premier, mon préféré, se situe essentiellement autour d'un billard, avec des musiques occidentales, notamment celle de Demis Roussos. La scène où les mains des deux protagonistes se cherchent est superbe. Le deuxième est un film muet, un choix de style principalement dirigé par le fait que le taïwanais ancien n'était pas connu par les acteurs et trop difficile à apprendre. Le troisième se déroule de nos jours, montrant une société où tout va vite, tout s'accélère.
Les différents sentiments perçus durant ce film proviennent non pas du scénario, pas toujours facile à comprendre car il s'agit de l'histoire de Taïwan (mais dont on cerne tout de même l'importance de la réincarnation) mais de la virtuosité de la mise en scène, les mouvements de caméra d'Hou Hsiao-hsien nous tenant en hypnose. Très touchant du seul fait de cette mise en scène qui se préoccupe avant tout des regards, ce film est très sensuel, notamment grâce au talent de la magnifique Shu Qi.
Cependant, ce film est un peu long et on ne voit pas forcément le lien entre ces trois histoires. Original, plein de finesse et de délicatesse, Three Times est un film d'une beauté rare mais à voir si l'on n'est pas trop fatigué !

Alexis

 

 

To Be or not to Be - “Jeux dangereux”
To Be or not to Be - “Jeux dangereux”

Titre original: To Be or not to Be
Réalisateur: Ernst Lubitsch
Interprètes: Jack Benny (Joseph Tura), Carole Lombard (Maria Tura), Robert Stack (Stanislav Sobinsky), Stanley Ridges (Siletsky), Felix Bressart (Greenberg)…
Date de sortie: 1942
Genre: Comédie
Durée: 1h39
Nationalité: États-Unis

Critique mise en ligne en jan. 2007

To Be or not to Be n'est pas un film sur Shakespeare, ni sur Hamlet ; pourtant, l'art du théâtre est présent et j'imagine bien ce film adapté en pièce de théâtre, car, par exemple, nombreuses sont les ressemblances avec les œuvres de Molière: quiproquos, tromperies, déguisements…. En bref, le sujet du film est le suivant: durant la Seconde Guerre Mondiale, une troupe de théâtre s'emploie à dévier les plans de la gestapo. Cette compagnie "s'amuse" à un jeu de dissimulations au péril de leur vie mais pour leur survie.

La "Lubitsch touch" œuvre royalement dans cette évocation de la sanglante domination nazie sur l'Europe. Le génie comique d'Ernst Lubitsch apparaît dès le début, lorsque Joseph Tura commence la tirade d'Hamlet "To Be or not to Be" et qu'un spectateur quitte au même moment la salle pour retrouver en cachette Maria Tura, la femme de Joseph.

Traduit en français par "Jeux dangereux", ce film est surtout connu par le titre To Be or not to Be ; "Jeux dangereux" n'est qu'une sorte de sous-titre français de To Be or not to Be. Ce film est sorti en 1942, c'est-à-dire en pleine Seconde Guerre Mondiale, thème justement de ce film. Un remake sera réalisé en 1984 par Alan Johnson, avec dans les rôles principaux Mel Brooks et Anne Bancroft.

Humour, amour, Histoire, suspense et intrigue complexe composent ce film intelligent dans lequel les réparties fusent. To Be or not to Be est une comédie mais la violence des allemands se fait quand même bien sentir. Le ridicule des nazis, le message transmis par la tirade de l'émouvant personnage de Geenberg ["(…) Nourris du même pain, blessés par les mêmes armes, guéris par les mêmes remèdes (…)"] et les images de destruction de Varsovie font de ce film une oeuvre engagée. Précisément, le grotesque des nazis est drôlement représenté, notamment par le colonel Ehrhardt, personnage tout à fait conscient de ses actes. Ainsi, il dit à propos de Joseph Tura, un comédien qu'il trouve médiocre: "Ce qu'il a fait subir à Shakespeare, nous le faisons à la Pologne !". Il est toujours difficile de faire rire sur un sujet aussi grave que le nazisme. Eblouissante comédie d'espionnage, To Be or not to Be est un chef d'œuvre au scénario exceptionnel, aux rebondissements à foison, à la mise en scène énergique et aux dialogues fulgurants !

Alexis

 

 

Très bien, merci
Très bien, merci

Réalisateur: Emmanuelle Cuau
Interprètes: Gilbert Melki (Alex), Sandrine Kiberlain (Béatrice), Olivier Cruveiller (Landier), Christophe Odent (le patron d'Alex), Nathalie Akoun-Cruveiller (le docteur Pachot)...
Date de sortie: 25 avril 2007
Genre: France
Durée: 1h40
Nationalité: France

Critique mise en ligne en avril 2007

Alex est dans une période où tout l'énerve, surtout le "trop" de police, le "trop" d'encadrement, le "trop" de contrôle. D'abord, il refuse de montrer ses papiers à un contrôleur dans le métro qui lui reproche de fumer et qui prévoit de le verbaliser. Il était seulement à quelques mètres de la sortie et pouvait tout à fait attendre celle-ci pour commencer à fumer. Sa réaction n'est pas justifiée car ce sont ces petites règles que l'on doit tous accepter qui permettent l'ordre social. Alex trouve encore plus absurde et insupportable tout ce qui peut en effet paraître comme tel: un contrôle d'identité pratiqué "plus ou moins au hasard", des policiers qui mettent en taule toute une nuit quelqu'un qui n'a rien à se reprocher, des jeunes recruteurs qui manquent de respect à des gens plus âgés lors d'entretiens d'embauche.

Sa femme, Béatrice, est chauffeuse de taxi, lui est comptable. Il va se mettre à se préoccuper d'un contrôle d'identité. Sa vie va basculer... On s'identifie à Alex qui n'intervient pas vraiment durant le contrôle d'identité, il ne fait qu'assister à la scène et on ne comprend pas par exemple la raison du tutoiement des policiers. Les conséquences qui en découlent ont presque mis sa vie en l'air. Cela ne légitime pas à mes yeux l’une des deux morales du film. La première, justifiée, est que le pouvoir n'est pas toujours le bienvenu. La seconde, contestable, survient à la fin: pour réussir sa vie, il n'y a pas de mal à être malhonnête.

Un petit sentiment d’agacement m’a parcouru durant le film. J’avais l'impression qu'Alex et Béatrice faisaient toujours les mauvais choix lorsqu'ils tentaient d'améliorer la situation. Je n’ai pas compris l’objectif de la réalisatrice, sachant que les décisions des personnages ne sont pas prises à la hâte puisqu’on les voit réfléchir parfois très longuement. Cette raison aurait pu décrédibiliser l’histoire et les personnages s’ils n’avaient été interprétés par deux formidables acteurs, Sandrine Kiberlain et surtout Gilbert Melki qui ajoute une pointe d'humour au personnage d’Alex. De par la morale finale et ce léger énervement, j’avais un sentiment mitigé à la sortie du film.

Alexis

 

 

Trois Enterrements

Titre Original: The Three Burials of Melquiades Estrada
Réalisateur: Tommy Lee Jones
Interprètes: Tommy Lee Jones (Pete Perkins), Barry Pepper (Mike Norton), Julio César Cédillo (Melquiades Estrada), January Jones (Lou Ann Norton)...
Date de sortie: 23 novembre 2005
Genre: Drame, Western
Durée: 1h57
Nationalité: États-Unis, France

Critique mise en ligne en déc. 2005


Guillermo Arriaga, auteur des scripts déjà très surprenants d'Amours Chiennes et de 21 Grammes, signe le scénario de Trois Enterrements, premier film de Tommy Lee Jones, avec à nouveau une histoire en plusieurs parties. Et comme pour les deux précédents films, l'histoire semble alambiquée au départ puis devient très compréhensible par la suite. Les scènes s'enchaînent de manière très cohérente alors qu'il n'y a pas de différence au point de vue visuel entre le présent et les flash-backs. Cette déconstruction du récit, les scènes du film ne se suivant pas de manière chronologique, rythme le film du début à la fin. Surtout ne pas lire le synopsis car (comme d'habitude) il dévoile un bon tiers du film !

Ce road movie ne laisse jamais place à l'ennui, surtout grâce à la musique country qui porte magnifiquement le film et aux personnages. Des personnages torturés, rongés par l'ennui ou le mal de vivre, qu'il s'agisse de Rachel, mariée mais qui offre du bon temps à tout le monde, Mike (Barry Pepper lui donne beaucoup d'humanité) grand amateur de magazines porno, Frank Belmont, incapable de réussir tout ce qu'il entreprend. Celui qu'interprète Tommy Lee Jones (un prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes amplement mérité), Pete Perkins, est imprévisible, possédant à la fois un côté brute et un côté paternel.

Dans ce film, il y aura un grand voyage funèbre à travers les espaces immenses de l'Amérique profonde et les paysages magnifiques du Mexique, où vont se succéder les rencontres atypiques. Un voyage entrepris par Pete pour honorer son ami Melquiades et redonner à Mike une possible rédemption et une leçon sur le respect de la vie.
Les frontières. D'un côté, un vieil aveugle écoute la radio mexicaine sans comprendre l'espagnol. De l'autre, des mexicains regardent un soap opera de la télévision américaine sans comprendre l'anglais. Ainsi, Tommy Lee Jones nous montre que les américains du Texas et les mexicains du Nord sont très semblables et que les frontières sont en général artificielles.

Trois Enterrements est pour moi le plus beau des films sélectionnés au Festival de Cannes 2005, un des tous meilleurs de cette année !

Alexis

 

 

True Romance
True Romance

Réalisateur: Tony Scott
Interprètes: Christian Slater (Clarence Worley), Patricia Arquette (Alabama Whitman), Dennis Hopper (Clifford Worley), Christopher Walken (Vincenzo Coccoti), Michael Rapaport (Dick Ritchie), Brad Pitt (Floyd)…
Date de sortie: 3 novembre 1993
Genre: Thriller, Romance
Durée: 2h
Nationalité: États-Unis

Critique mise en ligne en juillet 2006


True Romance
, c'est l'histoire de Clarence et Alabama. Clarence Worley est un fan de films de Kung Fu, il travaille dans un magasin de comic books et a plein de conversations philosophiques avec le fantôme du roi du rock'n'roll Elvis Presley. Il va rencontrer et tomber amoureux de la sexy Alabama, une call girl attachante et romantique. True Romance est l'histoire de ce couple, magnifique d'amour, qui va passer par différentes épreuves sanglantes, à commencer par le règlement de comptes avec Drexl, un maquereau blanc qui, avec ses dreadlocks et ses télés diffusant des films cultes de blaxploitation, se prend pour un noir. Ces deux jeunes tourtereaux veulent réaliser leur rêve de s'aimer en toute tranquillité mais vont se retrouver dans des situations de plus en plus difficiles, jusqu'à être poursuivis par la police et la mafia.

True Romance est un cocktail de talents. Quentin Tarantino est un scénariste génial, pas seulement pour ses films. Le metteur en scène Tony Scott a montré avec Top Gun et Jours de Tonnerre qu'il connaît très bien la caméra. Le casting est impressionnant: Christian Slater, Patricia Arquette, Dennis Hopper, Gary Oldman, Christopher Walken, Val Kilmer, Brad Pitt, Michael Rapaport, Samuel L. Jackson, James Gandolfini, Chris Penn, Tom Sizemore… True Romance est un film violent mais aussi infiniment romantique. C'est surtout un film cool et très divertissant, où tous les personnages ont le sens de l'humour. Et quand la mafia, les policiers, les dealers de drogue, leurs gardes du corps, Clarence et Alabama se retrouvent à la fin du film dans une même pièce, on assiste à une sorte de grand opéra.

Dans ce film, il y a une séquence d'anthologie (humour tranchant, interprétation exceptionnelle, musique dramatique) que je souhaite raconter brièvement: le mafieux Vincenzo Coccotti (Christopher Walken) tente d'intimider Clifford Worley (Dennis Hopper), le père de Clarence, dans le but d'obtenir des informations sur son fils. Clifford, ancien policier, personnage très humain, très touchant, connaît bien la seule issue de cette confrontation et décide de ne pas dire un mot de l'endroit où se trouve son fils. Il commence par lui mentir. Vincenzo lui rétorque qu'il n'y a pas plus grand menteur qu'un sicilien, qu'il est lui-même sicilien et qu'il ne sert donc à rien de jouer ce jeu avec lui. Clifford raconte alors une histoire tellement offensive pour Vincenzo qu'il lui est impossible de le laisser vivant. Le monologue de Clifford démontre que les siciliens sont des descendants de nègres, que Vincenzo est donc "café au lait". Vincenzo rigole puis embrasse Clifford avant de l'abattre. Alors même qu'il n'avait tué personne depuis 1984! Durant toute la scène, ils se regardent dans les yeux, avec des petits sourires, comme des amis, mais aussi en guettant la réaction de l'autre, comme des requins.

Alexis

 

 

Truman Capote
Truman Capote

Titre original: Capote
Réalisateur: Bennett Miller
Interprètes: Philip Seymour Hoffman (Truman Capote), Catherine Keener (Nelle Harper Lee), Clifton Collins Jr. (Perry Smith), Chris Cooper (Alvin Dewey), Mark Pellegrino (Richard Hickock)…
Date de sortie: 8 mars 2006
Genre: Drame, Biographie
Durée: 1h50
Nationalité: États-Unis

Critique mise en ligne en mars 2006


Truman Capote, "le plus parfait écrivain de sa génération." (Norman Mailer)

Je suis allé voir ce film vendredi 10 mars, 2 jours après sa sortie. Cette critique est mise en ligne le mardi 14 mars et sa voix est encore dans ma tête. De quelle voix s'agit-il ? Capote ou Hoffman ? Je ne le sais guère. Je veux croire que la voix de Capote est aussi marquante que celle, très travaillée, de Hoffman, qui déclare avoir écouté beaucoup de documents et visionné de nombreuses cassettes pour s'imprégner de l’écrivain américain. C'est une voix mémorable principalement du fait du caractère fascinant du personnage et de son histoire. Une voix très fluette qui correspond bien au maniérisme de ce personnage sensible, à sa manière de tenir une tasse, de fumer ou de repositionner ses lunettes. Philipp Seymour Hoffman parvient parfaitement à composer ces petits gestes quotidiens. Il le rend à la fois attachant et antipathique. Sa performance est inoubliable, son Oscar 2006 infiniment mérité. A voir en version originale, vous l'aurez bien compris! J'ai également beaucoup apprécié la finesse de l'interprétation de Catherine Keener dans le rôle de Nelle Harper Lee, la discrète amie d'enfance de Capote.

Truman Capote est un brillant écrivain (1924-1984) surtout connu pour son roman "Petit déjeuner chez Tiffany". Narcissique, s'évaluant une mémoire de 94%, c'est un amuseur public qui a toujours de bonnes anecdotes à raconter. Homosexuel mondain, il fréquente les milieux fortunés et se félicite de connaître tout le monde, notamment les plus grandes stars telles que Marilyn Monroe et Andy Warhol.
L'histoire du film commence en 1959 et retrace les cinq années d'enquête sur l'assassinat de la famille d'un riche fermier du Kansas ainsi que l'accompagnement de Capote dans la détention d'un des tueurs, Perry Smith. Sans scrupules, il lui donne de faux espoirs et parvient à le faire confesser dans le but d'écrire son livre, "De sang froid". Mais il l’aide également, lui payant un avocat et lui obtenant des sursis avant la sentence finale. Il passe beaucoup de temps à discuter avec lui, parce qu'il pense qu'ils ne sont pas très différents, qu'il ont eu la même enfance tourmentée et le même besoin d'amour. On en arrive presque à pardonner cet assassin, on ressent en tout cas de la compassion lorsqu'on comprend le déroulement de la vie misérable de cet homme qui s'est subitement transformé en meurtrier. Capote s'éloignera finalement de lui, souhaitant impatiemment son exécution pour pouvoir finir son œuvre. Cette histoire marquera son existence. Ce livre, qui sera son dernier, le couronnera de succès mais le détruira, le conduisant à l'alcoolisme. Ce film est inspiré de l'œuvre du biographe Gerald Clarke qui explique que «la raison tragique de la chute de Capote fut indéniablement son livre "De sang froid" – et rien d'autre.»

La réalisation est sobre, la musique est simple mais poignante, on ne ressent pas une seconde d'ennui dans ce film, élu Meilleur de l'année 2005 par les critiques américains. Encore une fois, l’interprétation est de tout premier plan ! C'est un film épatant, le meilleur de ceux que j'ai pu voir depuis le début de cette année 2006.

Alexis

 


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