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The Saddest Music in the World

Scandaleusement célèbre

La Science des Rêves

Scoop

Le Secret de Brokeback Mountain

Sept ans de Réflexion

Shining

Shrek

Si j'étais toi

Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête

Still Life

Strange Days

Sunshine

Syriana

 

The Saddest Music in the World
The Saddest Music in the World


Réalisateur: Guy Maddin
Interprètes: Mark McKinney (Chester Kent), Isabella Rossellini (Lady Port-Huntly), Maria de Meideros (Narcissa), David Fox (Fyodor Kent), Ross McMillan (Roderick Kent / Gravillo le Grand)…
Date de sortie: 22 février 2006
Genre: Comédie Dramatique
Durée: 1h39
Nationalité: Canada, États-Unis

Critique mise en ligne en mars 2006


Winnipeg, Canada. L'histoire se déroule dans cette ville pauvre et sinistre, surnommée la capitale du chagrin. Durant la Grande Dépression, Lady Port-Huntly, patronne d'une bière locale, organise le concours de la musique la plus triste du monde. Cette blonde décolorée, interprétée par Isabella Rossellini, veut donc faire fortune à la fin de la Prohibition car elle sait pertinemment qu'il n'y a rien de mieux que la tristesse pour conduire à l'alcool. L'idée d'un concours pendant la Dépression fait penser au film de Sydney Pollack, On achève bien les chevaux. The saddest music in the world est beaucoup moins dramatique même s'il dépeint également la détresse des participants durant cette période noire.

L'humour est très présent dans ce film. Cet humour, noir, vient du côté décalé des personnages. Il y a d'abord Lady Port-Huntly, cul de jatte, riche et neurasthénique. Un des plaisirs du film est de voir les circonstances de sa vie sans jambe, avec notamment une scène d'amputation très comique. La famille Kent qui est au centre de ce concours présente aussi des personnages atypiques avec notamment Fyodor, qui crée des prothèses de jambes en verre remplies de bière pour celle qu'il aime, Lady Port-Huntly. Son fils, Roderick, est un personnage plus complexe et touchant, endeuillé par la mort de son enfant et la disparition de sa femme. Talentueux musicien serbe, il est hypocondriaque, toujours vêtu de noir et garde en permanence sur lui un bocal contenant le cœur de son fils décédé. Le personnage le plus énigmatique est Narcissa, amnésique, écervelée, suivant les conseils de son ver solitaire et avide de sexe ("Vous êtes américaine ?" "Non, je suis nymphomane !"). Le visage délicat de Maria de Meideros la rend parfaite pour ce rôle.

L'humour et la beauté des musiques compensent quelques moments de lassitude à la vision des nombreux matchs. Oui, car on est témoin de véritables matchs avec une sonnerie dignes de combats de boxe. L’image du film est semblable à celle des films muets et en possède la même beauté. Le noir et blanc granuleux donne l'impression d'un autre monde, d'une autre époque. The saddest music in the world est un film étrange, surréaliste, plein d'imagination. Une expérience étonnante !

Alexis

 

 

Scandaleusement célèbre
Scandaleusement célèbre


Titre original: Infamous
Réalisateur: Douglas McGrath
Interprètes: Toby Jones (Truman Capote), Sandra Bullock (Harper Lee), Daniel Craig (Perry Smith), Sigourney Weaver (Babe Paley), Peter Bogdanovich (Bennett Cerf)...
Date de sortie: 4 avril 2007
Genre: Drame, Biographie
Durée: 1h58
Nationalité: États-Unis

Critique mise en ligne en mai 2007

Il y a un an sortait en salle Truman Capote, de Bennett Miller. Le thème de Scandaleusement célèbre est identique: la genèse du best seller «De sang-froid», qui a changé la vie de son auteur, l'écrivain américain Truman Capote. Plutôt que d’analyser à nouveau le fond de l'histoire (comme je l’avais fait dans ma critique du film de Bennett Miller, mise en ligne en mars 2006), je préfère comparer ces deux films. Première différence: dès le début du film de Douglas McGrath, les stars (composant l’entourage de Capote) se succèdent, à commencer par Gwyneth Paltrow puis Sandra Bullock, Sigourney Weaver, Isabella Rossellini…

Truman Capote est ici interprété par l'acteur britannique Toby Jones. Sa prestation, presque du niveau de celle de Philipp Seymour Hoffman (on ressort du premier film plus imprégné du personnage et de l’interprétation), diffère sur quelques points. La voix est tout aussi fluette mais le personnage apparaît ici légèrement moins ambigu, plus mondain, plus drôle, plus efféminé, plus manipulateur et encore plus sexuellement attiré par le meurtrier Perry Smith. Ce dernier est interprété par Daniel Craig. Il m’a fallu du temps avant de me rendre compte qu’il s’agissait du nouveau James Bond. Avant même de le reconnaître, je me disais que cet acteur était incroyablement bon. Quelle présence, quel sex-appeal ! Son charme animal apporte énormément au film.

Au final, même si j’ai une préférence pour le film de l’an dernier, je pense que Scandaleusement célèbre mérite toute sa place. Version plus légère et moins tendue que la précédente, mais tout aussi passionnante, Scandaleusement célèbre est un film à voir, même si on a déjà vu le premier. D’une certaine façon, il en constitue un complément de luxe, même s’il s’agit bien d’une œuvre à part entière.

Alexis

 

 

La Science des Rêves
La Science des Rêves

Titre original: The Science of Sleep
Réalisateur: Michel Gondry
Interprètes: Gael Garcia Bernal (Stéphane Miroux), Charlotte Gainsbourg (Stéphanie), Alain Chabat (Guy), Miou-Miou (Christine Miroux), Emma de Caunes (Zoé)...
Date de sortie: 16 août 2006
Genre: Comédie
Durée: 1h45
Nationalité: France, Grande-Bretagne

Voir la Bande-Annonce


Critique mise en ligne en sept. 2006


L'auteur de La Science des Rêves est le français Michel Gondry. Il évoque ici le subconscient, comme dans son précédent film, Eternal sunshine of the spotless mind, sorti en 2004. Même si le film oscille entre rêve et réalité, le scénario loufoque de Gondry ne nous perd jamais. Tout au plus, le sens de certains rêves nous échappe. Le héros mexicain de cette comédie fantastique est Stéphane Miroux. Sa vie ne le satisfaisant pas, il crée dans ses rêves une émission de télévision. Arrivé à Paris pour travailler dans une entreprise de fabrication de calendriers et retrouver sa mère française, il va faire connaissance puis tomber amoureux de sa voisine, Stéphanie.

Le tournage de ce film surréaliste, poétique et romantique s'est déroulé à Paris, où l'on reconnaît aisément la particulière et magnifique architecture. Le film est imprégné des différentes ambiances qui couvrent cette ville. Les scènes traitant des rêves de Stéphane – dont la réalisation ne repose pas que sur les images de synthèse – sont donc pleines de poésie mais aussi parfois très drôles, comme lorsque Stéphane se bat avec des mains géantes contre Guy, son collègue de travail. Les dialogues sont très drôles, les acteurs sont très bons, surtout Alain Chabat, hilarant dans le rôle de Guy, un beauf aux blagues salaces. De plus, Gael Garcia Bernal dans le rôle de Stéphane et Charlotte Gainsbourg dans celui de Stéphanie forment un couple tout à fait charmant. A part le mexicain Gael Garcia Bernal, le casting est majoritairement composé d'acteurs français. La langue utilisée par les personnages est généralement l'anglais, parfois le français et l'espagnol. Même si certaines scènes peuvent paraître un peu longues, La Science des Rêves est un film très agréable, très inventif.

Alexis

 

 

Scoop
Scoop


Réalisateur: Woody Allen
Interprètes: Scarlett Johansson (Sondra Pransky), Hugh Jackman (Peter Lyman), Woody Allen (Le grand Strombini), Ian McShane (Joe Strumble), Romola Garai (Vivian)...
Date de sortie: 1er novembre 2006
Genre: Comédie
Durée: 1h36
Nationalité: États-Unis, Grande-Bretagne

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Critique mise en ligne en nov. 2006

Après le très réussi Match Point, sorti l'an dernier, Woody Allen reste à Londres mais pour un film beaucoup moins sombre: Scoop est une comédie romantique et policière. En effet, l'immense cinéaste américain revient à son domaine de prédilection: la comédie. Scoop se rapproche donc de son univers habituel. Rien que le thème du film est du pur Woody Allen: le mystère d'un meurtre résolu par une naïve débutante en journalisme, un magicien âgé, et un célèbre journaliste fraîchement décédé.

Sondra Pransky (Scarlett Johansson) et le magicien Strombini (Woody Allen), les deux personnages principaux du film, vont ainsi être aidés dans leur enquête par Joe Strumber (Ian McShane), un journaliste décédé quelques jours plus tôt. Le bateau qui transporte dans le brouillard les morts et la grande faucheuse m'a rassuré (et réjoui) sur le fait que j'étais bien dans un film de Woody Allen. Il fait revenir et parler les morts, jamais de manière triste, comme dans le magnifique Alice (1991), un de ces précédents films. Ces deux oeuvres ont d'ailleurs une poésie semblable.

Scoop est également une romance, mais le dragueur n'est plus, comme dans la plupart de ses films, Woody Allen, tout de même trop âgé pour interpréter l'amant de la jeune journaliste Sondra Pransky. Pour autant, Hugh Jackman, qui joue le rôle de Peter Lyman, playboy millionnaire et sûr de lui, ne remplace pas Woody dans le rôle de l'éternel dragueur maladroit. A noter également que Scarlett Johansson est visiblement très à l'aise dans la comédie. Elle a beaucoup de talent et m'a fait penser à Diane Keaton, héroïne de nombreux films de Woody Allen.

Dans Scoop, contrairement à Match Point mais à l'image de ses films précédents, les réparties fusent et sont souvent très drôles. D'ailleurs, j'ai eu le sourire du début à la fin! A titre d'exemple, je vous propose une réplique formidable prononcée par Strombini: "je suis né chez les hébreux mais en grandissant, je me suis converti au narcissisme". Du vrai bon Woody Allen !

Alexis

 

 

Le Secret de Brokeback Mountain
Le Secret de Brokeback Mountain


Titre original: Brokeback Mountain
Réalisateur: Ang Lee
Interprètes: Heath Ledger (Ennis Del Mar), Jake Gyllenhaal (Jack Twist), Michelle Williams (Alma Beers Del Mar), Anne Hathaway (Lureen Twist), Randy Quaid (Joe Aguirre)...
Date de sortie: 18 janvier 2006
Genre: Comédie Dramatique, Romance…
Durée: 2h14
Nationalité: États-Unis

Critique mise en ligne en jan. 2006

Critique d'Alexis:

Brokeback Mountain est le nom de la montagne où vont se rencontrer deux cow-boys chargés, pendant un été, de garder les moutons ensemble. Le secret du titre, rapidement dévoilé, est une relation amoureuse qui naît entre ces deux habituels hétérosexuels. Lorsque le boulot estival se termine, les deux hommes se quittent, puis après quatre ans, un mariage et des enfants de chaque côté, ils reprennent leur relation. Mais ils ne peuvent pas dévoiler leur idylle. Une relation impossible car l'intolérance est reine dans les États-Unis des années 60. Cachée, cette histoire fera naître un immense sentiment de frustration.
Ce qui est admirable est qu'Ang Lee évite tous les clichés de la relation homosexuelle. La liaison entre Ennis Del Mar et Jack "fucking" Twist est très belle. C'est plus qu'une histoire d'amour homosexuelle. C'est en fait juste une histoire d'amour, aussi belle que peut l'être un amour entre un homme et une femme. La sobriété de l'interprétation d'Heath Ledger et Jake Gyllenhaal y est pour beaucoup.
Ainsi, Brokeback Mountain est un mélodrame réellement touchant, récompensé par un Lion d'Or à la dernière Mostra de Venise, quatre Golden Globes dont celui du Meilleur Film dramatique et des rumeurs d'Oscars.

Alexis

Critique mise en ligne en fév. 2006

Critique de Ryad:

Voilà un film original, beau, «différent», et qui peut être «dérangeant» pour certains.
En effet, on a pour habitude d’aller voir, dans la plupart des cas, des histoires d’amour entre un homme et une femme, des histoires conventionnelles dans lesquelles on tente de se reconnaître, ou qui nous font tout simplement rêver. Mais ici, Le Secret de Brokeback Mountain nous offre autre chose. Il renferme une histoire homosexuelle qui a commencé entre deux cow-boys – Jack et Ennis – pendant qu’ils gardaient ensemble un troupeau de moutons à Brokeback Mountain. Ces deux hommes qui tentent de se prouver leur virilité vont s’aimer sans se l’avouer. A la fin de la saison de pâturage, ils vont se quitter, puis fonder une famille chacun de leur côté. Cependant, leur amour réciproque restera intact et fera raviver la passion débutée à Brokeback Mountain lorsqu’ils se revoient quelques années plus tard…

Personnellement, j’ai trouvé ce film beau, très drôle, et vrai. Il témoigne d’une réalité qui a existé dans l’Amérique des années 1960, où derrière la virilité affichée des cow-boys faisant courageusement des rodéos ou tirant au pistolet dans les westerns, se cache en fait une sensibilité, de la délicatesse... et des histoires d’amour (entre hommes). Ce film rend compte également – à travers une histoire «impossible» à une époque où l’homosexualité était plus que bannie des mœurs – de l’intolérance qui pouvait atteindre son paroxysme, et se métamorphoser dans une violence plus ou moins admise et presque «justifiée».
Même pour les hétérosexuels les plus réticents comme moi, je dois dire que j’ai trouvé cette histoire assez belle, car c’est avant tout une histoire d’amour, avec ses joies, ses souffrances, ses ruptures, ses retrouvailles et ses espoirs.
On pourrait cependant pointer du doigt certaines scènes du film relevant de l’intime – une proximité qui à mon avis, dérange davantage du fait de ne pas avoir pour habitude de voir des hommes occuper de telles «fonctions» – mais cela ne va jamais trop loin, et les scènes montrées semblent être nécessaires pour comprendre la profondeur de la relation homosexuelle.

A vrai dire, à travers ce film, on peut mieux comprendre que l’amour n’est pas contraint par les limites que les Hommes se définissent et s’imposent. Il est «libre», incontrôlable, et sa magie s’opère aveuglément.

Ryad

 

 

Sept ans de Réflexion
Sept ans de Réflexion

Titre original: The Seven year itch
Réalisateur: Billy Wilder
Interprètes: Tom Ewell (Richard Sherman), Marilyn Monroe (la voisine), Evelyn Keyes (Helen Sherman), Sony Tufts (Tom MacKenzie), Marguerite Chapman (Miss Morris)…
Date de sortie: 1955
Genre: Comédie
Durée: 1h45
Nationalité: États-Unis

Critique mise en ligne en mai 2006


L'amusante introduction du film porte sur la comparaison entre les indiens de Manhattan d’il y a cinq cents ans et la plupart des new-yorkais mariés des années 1950, qui envoient leur femme et leurs enfants en vacances, pour se consacrer à leurs relations extraconjugales.
Richard Sherman, un "monsieur tout le monde" aux idées érotiques réprimées, n’est pas de cette espèce. Certes, il doit rester à Manhattan pour son travail de publicitaire alors que sa femme et son fils partent en vacances, mais contrairement aux autres, il pense rester fidèle. Il va cependant rencontrer sa très sensuelle nouvelle voisine, dont le charme ne le laissera pas indifférent. Il deviendra alors incontrôlable.

Tom Ewell dans le rôle de Sherman, et Marilyn Monroe dans celui de la voisine involontairement provocante, forment un "couple" d’acteurs cocasse, plein d’humour. Ce film est surtout connu pour la magnétique Marilyn Monroe. La scène culte de la robe soulevée par le souffle de la bouche d'aération de métro est définitivement associée à l’image de Marilyn Monroe, la plus grande star, la plus photogénique. Elle est irrésistible dans le rôle du modèle qui connaît son pouvoir d’attraction sur les hommes mais qui est naïvement rassurée de savoir que Sherman est un homme marié. Quant à Tom Ewell, il est hilarant (surtout dans la scène de drague au piano) dans le rôle de cet homme maladroit, à l’imagination surdéveloppée, qui ne parvient pas à arrêter de fumer. Il croit réellement en la malédiction des sept années de couple où l’envie d’être infidèle est difficile à surmonter. De plus, il se sent coupable de l'envie de tromper sa femme. Il est convaincu que ses pensées impures seront d’une manière ou d’une autre connues par sa femme et par le reste du monde, le plongeant dans le scandale, la ruine, et la déchéance.

Adaptation d'une pièce de théâtre (où Tom Ewell interprétait déjà le rôle de Sherman mais face à Vanessa Brown) écrite par George Axelrod, ce film sur l'infidélité est sorti en 1955, à une époque gouvernée par la censure. Malgré quelques scènes coupées, car jugées trop osées, l’humour mordant du roi de la comédie, l'oscarisé Billy Wilder, se fait ici sentir, même s’il n’est pas aussi grandiose que dans Certains l’aiment chaud ! Il traite de manière intelligente de la bestialité de l’homme en matière sexuelle. Sept ans de Réflexion est une plaisante et charmante comédie pleine d’esprit, qui fait passer un moment extrêmement agréable et qui nous fait appréhender avec sourire l’épreuve des sept années de couple.

Alexis

 

 

Shining
Shining

Titre original: The Shining
Réalisateur: Stanley Kubrick
Interprètes: Jack Nicholson (Jack Torrance), Shelley Duvall (Wendy Torrance), Danny Lloyd (Danny Torrance), Scatman Crothers (Dick Hallorann)…
Date de sortie: 16 octobre 1980
Genre: Horreur, Epouvante
Durée: 2h
Nationalité: États-Unis, Grande-Bretagne

Critique mise en ligne en fév. 2008

HHHEEERRREEE'SSS JOHNNY !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Shining est issu de l'excellent roman homonyme de Stephen King. Ce dernier n'avait pas apprécié l'adaptation de Stanley Kubrick, trop éloignée à son goût de l'œuvre originale. Kubrick s'est totalement approprié le roman et son film est en effet bien différent du best seller de Stephen King, surtout avec moins de scènes en dehors du site hôtelier et une dernière partie comportant moins d'aspects surnaturels. Le romancier américain avait donc supervisé la réalisation d'un téléfilm: "Shining, les couloirs de la peur". Ayant lu le livre et vu le téléfilm, je dois dire qu'il s'agit d'une adaptation fidèle cette fois-ci. Mais entre le film et le téléfilm, il y a une différence notoire: d'un côté il y a un chef-d'œuvre inoubliable et terrifiant, de l'autre, un téléfilm très mou et sans ambiance.

Jack Tawrence a trouvé un emploi: il sera gardien de l'hôtel Overlook pendant la période de fermeture hivernale. Dans cet endroit montagneux et isolé, sa femme, Wendy, et son jeune fils, Danny, l'accompagnent. Jack a accepté ce boulot, malgré la précision du directeur: durant l'hiver 1970-71, le gardien de l'hôtel a massacré sa femme et ses deux fillettes à la hache avant de se suicider avec son fusil. L'hiver arrivé, la famille installée, l'hôtel déserté, Jack commence doucement à perdre la raison.

Danny détient un pouvoir exceptionnel: il possède le shining, lui permettant de voir des scènes du passé mais aussi de deviner l'avenir. Il s'agit d'une sorte de sixième sens ou de schizophrénie: par l'intermédiaire de son index levé, Tony est son deuxième moi, une deuxième personne qui s'exprime et avec qui il communique. La petite voix de Tony dans la bouche de Danny est très inquiétante, d'autant plus qu'elle n'annonce que des malheurs... Le shining est également un moyen de télépathie, que Danny peut partager avec d'autres personnes possédant le même don, notamment le troublant cuisinier noir Dick Hallorann (parfait Scatman Crothers, tantôt rassurant, tantôt énigmatique).

Dès le début, lorsque la voiture monte lentement les virages en lacets de la montagne, on sent une tension immense, en grande partie due à une musique extrêmement oppressante. Le spectateur se souvient tout au long du film d'un élément que Wendy et Danny ne connaissent pas: le fait que l'ancien gardien a massacré sa famille. Quelque chose va donc se passer. Mais à quel moment et de quelle manière ? La folie de Jack est progressive donc on ne sait pas jusqu'où il va aller. C'est en effet l'incertitude par rapport à ce qui va se passer qui nous effraie. Jack devient petit à petit une bête. Il est une bête blessée quand il entre dans le labyrinthe lors de la formidable poursuite finale.

Jack voit des gens dans l'hôtel normalement vide. Ces personnes existent-elles vraiment ou sont-ce des hallucinations ? Car à la fin, Wendy aperçoit également d'autres personnes dans l'hôtel. La lecture du livre, bien que différent du film, nous donne la réponse et permet de confirmer l'idée que Shining est surtout une histoire de fantômes et d'esprits, l'hôtel Overlook étant un lieu hanté. Kubrick disait d'ailleurs que ce film était optimiste, ce qui peut paraître surprenant. Il s'expliquait ainsi: "D'une certaine manière, c'est une histoire de fantômes. Tout ce qui dit qu'il y a une vie après la mort est optimiste".

J'étais âgé de 16 ans lorsque j'ai vu Shining pour la première fois. Et jusqu'à présent, c'est de loin le film qui m'a le plus effrayé. Je me souviens d'un moment de terreur extrême. Après 30 minutes d'accroissement de la tension, Danny se retrouve près de la chambre 237 (lieu fortement déconseillé par Dick Hallorann), il ralentit et s'arrête à moins de deux mètres de la porte. A ce moment là, le cœur battant déjà à forte allure, je criais à Danny: "Non, n'ouvre pas cette porte ; fais pas le con Danny, n'ouvre pas cette porte, Hallorann te l'a dit, n'ouvre pas cette putain de porte 237". Bien entendu, le trop curieux Danny ne m'avait pas écouté ! La vision de cette séquence, hyper angoissante - d'autant plus que Kubrick utilise la caméra subjective – est pour moi un souvenir impérissable.

Le jeune Danny Lloyd, dans le rôle de Danny Tawrence, est formidable dans la peau de ce personnage complexe pour son âge. Cette interprétation doit beaucoup à la direction d'acteurs de Leon Vitali, qui jouait Lord Bullingdon dans Barry Lyndon (voir à ce propos le très intéressant making of de Vivian Kubrick, la fille du maître). La difficulté est aussi présente pour Shelley Duvall puisqu'elle doit crier ou pleurer pendant une bonne partie du film. Quant à Jack Nicholson, il s'agit là d'une superbe interprétation, un de ses plus beaux rôles. Il est génial d'étonnement dans une de mes scènes favorites, lorsque Jack se retrouve dans les toilettes (rouge vif) de l'hôtel face à Delbert Grady, l'ancien gardien (rarement vu un mec aussi flippant) massacreur quelques années plus tôt dans ce même hôtel. Ce film est à voir en version originale car la voix doublée de Nicholson est celle de Jean-Louis Trintignant, dont la voix magnifique est trop douce et ne correspond pas au personnage.

La musique, tétanisante, parcourt tout le film, installant une atmosphère terriblement angoissante. Au même titre que le bruit très travaillé du tricycle de Danny dans les labyrinthiques et désertiques couloirs de l'hôtel. Plus que dans d'autres films et assez paradoxalement, c'est la blancheur des décors, le côté paisible des personnages et la grande luminosité des scènes qui provoquent la peur. Shining, film d'horreur psychologique, est une œuvre fascinante qui démontre à nouveau l'immense talent de Kubrick.

Alexis

 

 

Shrek


Réalisateur: Andrew Adamson et Vicky Jenson
Interprètes: Voix de Shrek (VF) (Alain Chabat), Lord Farquaad (VF) (Philippe Catoire), l'âne (VF) (Med Hondo)...
Date de sortie : 14 juillet 2001
Genre: Animation
Durée: 1h29
Nationalité: États-Unis

Critique mise en ligne en déc. 2005

Un régal de mauvais goût

Oubliez les bonnes manières de La Belle au bois dormant et la grâce de Blanche-Neige. Ici, les ogres pètent et les princesses rotent ! Malgré cela, les personnages sont attachants, qu’il s’agisse de Shrek, l’ogre vert repoussant (un Alain Chabat très en forme lui prête sa voix dans la version française), de l’âne très bavard qui l’accompagne ou de la belle princesse Fiona. Ce film d’animation nous fait vivre une aventure aux situations burlesques avec des allusions parodiques à certains films comme Matrix. Shrek peut être vu autant par les petits que par les grands, le film étant lisible à plusieurs degrés. Vraiment très drôle !

Alexis

 

 

Si j'étais toi
Si j'étais toi

Titre original: The Secret
Réalisateur: Vincent Perez
Interprètes: Olivia Thirlby (Samantha Marris), David Duchovny (Dr Benjamin Marris), Lili Taylor (Hannah Marris), Brendan Sexton III (Ethan), Corey Sevier (Justin)...
Date de sortie: 10 octobre 2007
Genre: Drame
Durée: 1h33
Nationalité: France

Voir la Bande-Annonce

Critique mise en ligne en nov. 2007

Suite à un accident de voiture, une mère et sa fille se retrouvent à l’hôpital. La mère décède tandis que la fille, revient à elle. Tout semble aller bien pour la fille mais les apparences sont trompeuses: la mère s'est en fait réincarnée dans le corps de la jeune adolescente, l’âme de  cette dernière ayant disparu.

L’histoire, assurément originale (mais peut être un peu trop extravagante si elle mal traitée), permet une description de la vie adolescente. Cela sous le regard d’une mère qui retrouve une seconde jeunesse et d’un père/mari impuissant, dépassé psychologiquement et physiquement car il ne peut étreindre sa femme. Si j’étais toi est au fond un drame familial qui traite avec pudeur des rapports mère/fille, des fréquentes incompréhensions, des nombreux tourments liés à l’adolescence et des non-dits parentaux. Le thème de l’inceste est aussi abordé mais assez vite écarté, car le père dit clairement à sa femme/fille qu'il ne peut faire l'amour avec elle.

Après sa première réalisation, Peau d'ange, Vincent Perez revient avec ce film français tourné en langue anglaise, un remake du film japonais Himitsu. La mise en scène, visuellement à la hauteur des films de genre, est hélas trop impersonnelle. Le film, assez plat, non dépourvu d’incohérences (mais c’est aussi l’extrême originalité du sujet qui veut ça), n'est jamais bouleversant. Cependant, le casting réuni par Vincent Perez est intéressant et permet à Si j'étais toi d'être un agréable divertissement. David Duchovny ne s’en sort pas mal mais on n’a d’yeux que pour la débutante Olivia Thirlby, tout à fait charmante. Dans ce double rôle de mère/fille, elle est bluffante de finesse et d'énergie.

Alexis

 

 

Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête
Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête


Titre original: Sleepy Hollow
Réalisateur: Tim Burton
Interprètes: Johnny Depp (Ichabod Crane), Christina Ricci (Katrina Anne Van Tassel), Christopher Walken (Le cavalier sans tête)…
Date de sortie: 9 février 2000
Genre: Fantastique
Durée: 1h45
Nationalité: États-Unis

Critique mise en ligne en juin 2006


L'histoire se déroule en 1799, dans le petit village dormant de Sleepy Hollow. Le très pragmatique détective Ichabod Crane arrive dans ce lieu où les habitants sont terrorisés par un cavalier sans tête trancheur de… têtes. Ce conte de fée de la culture américaine, issu d'une histoire originale de Washington Irving, mélange habilement frissons et humour. C'est un film sombre, à l'aspect gothique, surnaturel, fantastique. Il y a beaucoup de sang mais ce n'est pas repoussant. Une histoire macabre dans un monde mystérieux où se mêlent horreur, comédie et romance.

Johnny Depp, acteur fétiche de Tim Burton, joue de manière remarquable et très drôle le rôle d'Ichabod Crane, personnage rationnel, à la fois fragile et fantasque. Crane connaît de multiples techniques permettant de résoudre un crime. Il est en avance sur son temps, en faisant par exemple une autopsie à une époque où ce n'est pas accepté. Christina Ricci apporte son charme juvénile pour incarner Katrina Van Tassel, jeune femme romantique et naïve. Le casting de seconds rôles est prestigieux, avec notamment Miranda Richardson, Michael Gambon et Christopher Lee dans des emplois assez excentriques.

Cette adaptation de la légende de Sleepy Hollow est dans la ligne directe de l'univers du cinéaste américain Tim Burton, auteur de Edward aux mains d'argent, Beetlejuice et Charlie et la chocolaterie. Son univers est très visuel, très esthétique. Son style est expressionniste, cela se voit notamment avec les décors: la forme du moulin et l'architecture générale des monuments expriment toute l'angoisse qui habite les villageois. Les lieux et les personnages ont un aspect surréaliste mais, grâce au talent de Burton, ils deviennent réels. La scène du refuge dans l'église et celle retraçant les origines du cavalier sans tête sont très divertissantes. La séquence de la poursuite en calèche entre Ichabod Crane et le cavalier sans tête est trépidante, notamment grâce à la musique du génial Danny Elfman, fidèle compositeur des films de Burton. Sa musique omniprésente et les impeccables effets spéciaux  permettent aux nombreuses scènes d'action de cohabiter avec les moments plus poétiques.

Alexis

 

 

Still Life
Still Life


Titre original: Sanxia Haoren
Réalisateur: Jia Zhang Ke
Interprètes: Han Sanming (San Ming), Zhao Tao (Shen Hong)…
Date de sortie: 2 mai 2007
Genre: Drame
Durée: 1h48
Nationalité: Chine

Critique mise en ligne en mai 2007

En Chine, un homme et une femme, n'ayant rien en commun et ne se rencontrant jamais, errent dans la même région des Trois-Gorges, à la recherche de leur famille respective. En parallèle, la construction d'un barrage détruit l'habitat à proximité.

Aucune émotion ressentie. Quelques plans très beaux: c'est tout. Ce film très lent m'a paru très long. Je n'ai pas tout compris. Ah si, peut être le fait qu'en Chine, il n'y fait pas très bon vivre et que le mode de vie de certaines régions est très différent du nôtre... Et puis il y a aussi les mots "cigarettes", "vin", "thé", "bonbons" qui paraissent être les titres des quatre parties du film. Kesako ? A ne pas voir trop tard, sous peine de sommeil !

Si l'on ne connaît pas l'histoire de la Chine, de ce barrage, le pourquoi et les conséquences, il me paraît assez difficile d'entrer dans ce film. C'est sûrement la première fois que je regrette de ne pas m'être renseigné sur un film avant de le voir. Still Life est un portrait de la Chine d'aujourd'hui, évoquant les conséquences économiques et sociales découlant de la construction d'un barrage. Je n'avais pas saisi que c'était ça le thème central du film: les méfaits du libéralisme sur un pays communiste.

Je profite de cette critique de Still life pour exprimer mon étonnement face à ce titre anglais. Sanxia Haoren est le titre chinois, alors soit on garde ce titre, soit on le traduit en français ! Il en était de même pour le film After the Wedding. Le titre danois était Efter Brylluppet. Si l'on choisit de ne pas conserver le titre original, pourquoi ne pas adopter un titre français ? Effectivement, je fais un peu le naïf car je me doute bien que la raison est certainement économique. Un titre anglais attire sûrement plus de spectateurs. Je trouve ça dommage.

Alexis

 

 

Strange Days
Strange Days


Réalisateur: Kathryn Bigelow
Interprètes: Ralph Fiennes (Lenny Nero), Angela Bassett (Lornette "Mace" Mason), Juliette Lewis (Faith Justin), Tom Sizemore (Max Peltier)...
Date de sortie: 7 février 1996
Genre: Science-Fiction
Durée: 2h25
Nationalité: États-Unis

Critique mise en ligne en août 2008

A l'approche du troisième millénaire (donc dans le futur proche au moment de la sortie du film), la technologie Squid, vendue au marché noir, offre la possibilité, par le biais d'un casque posé sur le cerveau, de revivre des expériences passées ou de voir ce que quelqu'un d'autre a déjà vécu. Le sexe, le meurtre, l'interdit se vivent désormais aussi par procuration. A Los Angeles, Lenny Néro, ancien flic, est un défenseur, un utilisateur et un vendeur de ce nouveau genre de drogue virtuelle. Iris, une jeune prostituée amie de Lenny, va embarquer notre héros dans une sombre affaire d'Etat, en lui confiant un enregistrement d'une violence extrême.

Cette excellente idée de départ est tirée d'un scénario original co-signé par James Cameron qui multiplie les courses poursuites trépidantes, à commencer par la remarquable scène d'introduction qui nous scotche au canapé et nous fait entrer immédiatement dans le film. Aussi, la mise en scène de Kathryn Bigelow est rythmée, adaptée à ce film violent - certaines scènes sont en effet assez difficiles à regarder. Hélas, la réalisatrice américaine de Point Break et K-19, le piège des profondeurs use et abuse d'effets visuels, souvent largement dispensables.

Le grand spectacle qu'offre Strange days est un mélange astucieux de différentes ambiances. D'abord, le film est couvert d'un climat de guérilla urbaine, de proche anarchie, même si la mise en scène des émeutes n'apparaît pas toujours réaliste, souvent "too much". On peut sentir également une atmosphère mélancolique: la plupart des protagonistes, à l'image du très sympathique et beau parleur Lenny (porté par un excellent Ralph Fiennes), de la fragile et influençable Faith ou de la courageuse Mace, sont à la recherche de l'amour mais aussi à la recherche d'eux-mêmes. On trouve enfin une ambiance futuriste, aidée par des effets spéciaux de grande qualité et instaurée par la musique, composée de techno, de punk et de hip-hop, qui correspond parfaitement à l'énergie de ce film très divertissant qui mériterait d'être plus connu.

Alexis

 

 

Sunshine
Sunshine

Réalisateur: Danny Boyle
Interprètes: Chris Evans (II) (Mace), Cillian Murphy (Capa), Rose Byrne (Cassie), Michelle Yeoh (Corazon), Cliff Curtis (Searle)...
Date de sortie: 11 avril 2007
Genre: Science-Fiction, Thriller
Durée: 1h40
Nationalité: Grande-Bretagne

Voir la Bande-Annonce

Critique mise en ligne en avril 2007

Critique de Ryad:


Beaucoup d’éclat aux dépens de la clarté

J’aime beaucoup les films de science-fiction et j’apprécie à juste valeur le travail de Danny Boyle, connu notamment pour Trainspotting et La Plage. Pour autant, Sunshine fait partie des rares films que je n’ai pas compris ! Non pas que je n’ai pas fait l’effort de comprendre le sens de l’histoire mais tout simplement parce que le film manque selon moi, cruellement de clarté !

L’histoire est assez simple. Nous sommes dans le futur, notre soleil s’éteint et une équipe d’astronautes est envoyée dans l’espace pour larguer une bombe nucléaire, censée «rallumer» le soleil…
En fait, je m’attendais à aller voir un film du même genre qu’Armageddon mais c’est plutôt l’ambiance de Cube qu’on retrouve dans Sunshine.
Outre l’aspect surréaliste que comporte un film de science-fiction, l’histoire de Sunshine n’est à la base pas inintéressante et les effets spéciaux sont d’une beauté esthétique à la hauteur de ce qui se fait à notre époque. Mais malheureusement, ça s’arrête là ! Pour le reste, on a le sentiment que le scénario, la mise en scène et le montage ont été bâclés. Les acteurs ne sont pas assez crédibles – peut-être un peu jeunes – et le récit n’est pas du tout clair. D’abord le film commence trop brutalement, on ne sait même pas à quelle époque on se trouve, ni ce qu’il s’est passé et dans quel contexte… Puis durant le film, on est parfois perdus soit par manque d’explication, soit à cause d’ellipses mal construites ou faisant des sauts trop espacés. Qui plus est, Sunshine opère un mélange des genres maladroit: en plus du côté science-fiction, il joue sur l’aspect thriller, épouvante, action, fantastique, psychologique et métaphysique. Du coup, à mon avis, ça perd en crédibilité. On ne sait plus trop dans quel registre on se trouve, il y a beaucoup d’incohérences et on ne sait pas vraiment quoi penser de l'avant dernière scène, lorsque Capa est tout sourire, au milieu des flammes…
J’aimerais vraiment que quelqu’un m’explique ce qu’il a aimé dans Sunshine, qui pour moi s’est beaucoup inspiré de 2001: l'Odyssée de l'Espace, sans pour autant lui arriver à la cheville.

Ryad

Critique mise en ligne en mai 2007

Critique d'Alexis:

Notre étoile, le Soleil, est en train de mourir du fait d’une détérioration interne. Au sein de leur vaisseau Icarus II (faisant suite à l’échec du premier vaisseau Icarus, sept ans plus tôt), protégés de la chaleur du Soleil par un bouclier (composé de panneaux solaires réfléchissants), huit astronautes transportent une bombe nucléaire (de la taille de Manhattan) qu’ils doivent envoyer au centre du Soleil. Ces physiciens, biologistes, psychologues, ingénieurs et pilotes qui composent l’équipe sont des gens presque ordinaires, sans héros, sans star (à l’image du casting, très équilibré). Les forces et les faiblesses de chacun vont apparaître.

Cette diversité de spécialistes dans l'équipe est intéressante car elle nous indique ce qui est important pour l’être humain lorsqu’il est enfermé plusieurs années au sein d’un même vaisseau. En fait, Sunshine est un huis clos qui peut apparaître parfois comme très angoissant.  On voit la réaction des astronautes dans des situations extrêmes après 16 mois de solitude dans l’espace. Le film s’axe surtout sur la psychologie des personnages, sur leurs doutes, sur des thèmes forts comme les effets de la promiscuité, le courage et le sacrifice. On remarque aussi que dans ce genre d’endroit – un vaisseau dans l’espace – et dans ce genre de mission – préserver le futur de l'humanité –, les erreurs peuvent être fatidiques: voir celles très conséquentes de Capa et de Trey.

La fin du film est hélas confuse et éprouvante, surtout aux niveaux visuel et sonore, tombant dans une forme de thriller ou de film d'horreur et, je trouve, gâche la qualité du début. Cependant, un côté spirituel survient dans le dernier tiers du film. Le Soleil est d'une telle force qu'il peut apparaître comme la création de Dieu ou Dieu lui-même et que l'homme n'a donc pas à intervenir dans son développement. Certains, dont Searle le psychologue, sont d'ailleurs hypnotisés par la beauté et la puissance du Soleil.

La présence d’un ordinateur intelligent et autonome, les longues vues de l’espace et du vaisseau ainsi que la description de la production des éléments indispensables à l'Homme comme l'oxygène et la nourriture m’ont fait penser à 2001, l’Odyssée de l’Espace. Très loin d’un produit purement commercial, disposant d'effets spéciaux de grande qualité, Sunshine évite les clichés (comme l'histoire d'amour ou la famille sur Terre à qui penser), pour ne se préoccuper que des huit astronautes. Sunshine est une oeuvre métaphysique d'une très forte intensité, avec des idées philosophiques parfois passionnantes, notamment la rivalité entre la religion et la science. Dommage que la fin ne soit pas à la hauteur !

Alexis

 

 

Syriana
Syriana

Réalisateur: Stephen Gaghan
Interprètes: Georges Clooney (Robert Barnes), Matt Damon (Bryan Woodman), Jeffrey Wright (Bennett Holiday), Alexander Siddig (le prince Nasir), Mazhar Munir (Wasim Khan)…
Date de sortie: 22 février 2006
Genre: Espionnage, Thriller
Durée: 2h08
Nationalité: États-Unis

Critique mise en ligne en mars 2006

Dans Syriana se croisent la CIA, le FBI, la Maison Blanche, des entreprises pétrolières (la grande Connex oil rachetant la petite Killen), des "fous du Coran", des compagnies chinoises, des émirs arabes, des marchands d'armes, le Hezbollah… Et des jeunes pakistanais sur lesquels se répercute toute l'activité des précédents acteurs. Dans Syriana, on voyage au Maroc, à Washington, à Dubaï, à Genève, à Téhéran et à Beyrouth.
Ce film de Stephen Gaghan (déjà scénariste de Traffic de Steven Soderbergh) nous fait découvrir le rôle des entreprises et du gouvernement américain au Moyen-Orient, à travers les enjeux économiques de la guerre du pétrole. Il nous montre les trafics d'influence permanents et ses funestes conséquences.

Syriana est un film politique militant. Et hollywoodien. Ce qui démontre avec force que la capitale du cinéma américain garde toujours un esprit engagé et n'est pas tournée uniquement vers des objectifs financiers. C'est un thriller politique captivant mais complexe. Comme peut l'être la situation dans le monde et celle entre ses décideurs.
Pour comprendre pleinement ce film, un deuxième visionnage est sans doute nécessaire. Mais il n'est pas besoin de comprendre exactement toutes les situations. L'important est de saisir l'essentiel, les idées principales du réalisateur. Il est cependant impératif de posséder un certain niveau de connaissances géopolitiques. C'est un film en plein dans l'actualité, qui paraît très réaliste. Il parvient à dire beaucoup, à poser des questions, à raconter des histoires différentes en peu de temps.

Syriana est interprété par une pléiade de bons acteurs, même s'il n'y a dans ce film que des seconds rôles, le premier étant tenu par ce scénario intelligemment éclaté. George Clooney a pris quelques kilos pour son rôle, et est ainsi très loin d'un look habituel de sex-symbol. Il est formidable, touchant, tout en retenue. Jeffrey Wright, Alexander Siddig et Mazhar Munir sont également excellents.
A noter enfin la musique efficace du français Alexandre Desplat, César 2006 de la Meilleure musique pour De battre mon cœur s'est arrêté.

Alexis

 


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