HHHEEERRREEE'SSS JOHNNY !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Shining est issu de l'excellent roman homonyme de Stephen King. Ce dernier n'avait pas apprécié l'adaptation de Stanley Kubrick, trop éloignée à son goût de l'œuvre originale. Kubrick s'est totalement approprié le roman et son film est en effet bien différent du best seller de Stephen King, surtout avec moins de scènes en dehors du site hôtelier et une dernière partie comportant moins d'aspects surnaturels. Le romancier américain avait donc supervisé la réalisation d'un téléfilm: "Shining, les couloirs de la peur". Ayant lu le livre et vu le téléfilm, je dois dire qu'il s'agit d'une adaptation fidèle cette fois-ci. Mais entre le film et le téléfilm, il y a une différence notoire: d'un côté il y a un chef-d'œuvre inoubliable et terrifiant, de l'autre, un téléfilm très mou et sans ambiance.
Jack Tawrence a trouvé un emploi: il sera gardien de l'hôtel Overlook pendant la période de fermeture hivernale. Dans cet endroit montagneux et isolé, sa femme, Wendy, et son jeune fils, Danny, l'accompagnent. Jack a accepté ce boulot, malgré la précision du directeur: durant l'hiver 1970-71, le gardien de l'hôtel a massacré sa femme et ses deux fillettes à la hache avant de se suicider avec son fusil. L'hiver arrivé, la famille installée, l'hôtel déserté, Jack commence doucement à perdre la raison.
Danny détient un pouvoir exceptionnel: il possède le shining, lui permettant de voir des scènes du passé mais aussi de deviner l'avenir. Il s'agit d'une sorte de sixième sens ou de schizophrénie: par l'intermédiaire de son index levé, Tony est son deuxième moi, une deuxième personne qui s'exprime et avec qui il communique. La petite voix de Tony dans la bouche de Danny est très inquiétante, d'autant plus qu'elle n'annonce que des malheurs... Le shining est également un moyen de télépathie, que Danny peut partager avec d'autres personnes possédant le même don, notamment le troublant cuisinier noir Dick Hallorann (parfait Scatman Crothers, tantôt rassurant, tantôt énigmatique).
Dès le début, lorsque la voiture monte lentement les virages en lacets de la montagne, on sent une tension immense, en grande partie due à une musique extrêmement oppressante. Le spectateur se souvient tout au long du film d'un élément que Wendy et Danny ne connaissent pas: le fait que l'ancien gardien a massacré sa famille. Quelque chose va donc se passer. Mais à quel moment et de quelle manière ? La folie de Jack est progressive donc on ne sait pas jusqu'où il va aller. C'est en effet l'incertitude par rapport à ce qui va se passer qui nous effraie. Jack devient petit à petit une bête. Il est une bête blessée quand il entre dans le labyrinthe lors de la formidable poursuite finale.
Jack voit des gens dans l'hôtel normalement vide. Ces personnes existent-elles vraiment ou sont-ce des hallucinations ? Car à la fin, Wendy aperçoit également d'autres personnes dans l'hôtel. La lecture du livre, bien que différent du film, nous donne la réponse et permet de confirmer l'idée que Shining est surtout une histoire de fantômes et d'esprits, l'hôtel Overlook étant un lieu hanté. Kubrick disait d'ailleurs que ce film était optimiste, ce qui peut paraître surprenant. Il s'expliquait ainsi: "D'une certaine manière, c'est une histoire de fantômes. Tout ce qui dit qu'il y a une vie après la mort est optimiste".
J'étais âgé de 16 ans lorsque j'ai vu Shining pour la première fois. Et jusqu'à présent, c'est de loin le film qui m'a le plus effrayé. Je me souviens d'un moment de terreur extrême. Après 30 minutes d'accroissement de la tension, Danny se retrouve près de la chambre 237 (lieu fortement déconseillé par Dick Hallorann), il ralentit et s'arrête à moins de deux mètres de la porte. A ce moment là, le cœur battant déjà à forte allure, je criais à Danny: "Non, n'ouvre pas cette porte ; fais pas le con Danny, n'ouvre pas cette porte, Hallorann te l'a dit, n'ouvre pas cette putain de porte 237". Bien entendu, le trop curieux Danny ne m'avait pas écouté ! La vision de cette séquence, hyper angoissante - d'autant plus que Kubrick utilise la caméra subjective – est pour moi un souvenir impérissable.
Le jeune Danny Lloyd, dans le rôle de Danny Tawrence, est formidable dans la peau de ce personnage complexe pour son âge. Cette interprétation doit beaucoup à la direction d'acteurs de Leon Vitali, qui jouait Lord Bullingdon dans Barry Lyndon (voir à ce propos le très intéressant making of de Vivian Kubrick, la fille du maître). La difficulté est aussi présente pour Shelley Duvall puisqu'elle doit crier ou pleurer pendant une bonne partie du film. Quant à Jack Nicholson, il s'agit là d'une superbe interprétation, un de ses plus beaux rôles. Il est génial d'étonnement dans une de mes scènes favorites, lorsque Jack se retrouve dans les toilettes (rouge vif) de l'hôtel face à Delbert Grady, l'ancien gardien (rarement vu un mec aussi flippant) massacreur quelques années plus tôt dans ce même hôtel. Ce film est à voir en version originale car la voix doublée de Nicholson est celle de Jean-Louis Trintignant, dont la voix magnifique est trop douce et ne correspond pas au personnage.
La musique, tétanisante, parcourt tout le film, installant une atmosphère terriblement angoissante. Au même titre que le bruit très travaillé du tricycle de Danny dans les labyrinthiques et désertiques couloirs de l'hôtel. Plus que dans d'autres films et assez paradoxalement, c'est la blancheur des décors, le côté paisible des personnages et la grande luminosité des scènes qui provoquent la peur. Shining, film d'horreur psychologique, est une œuvre fascinante qui démontre à nouveau l'immense talent de Kubrick.
Alexis