Pulp: livre ou magazine sur des sujets à "sensation", imprimé sur du papier bon marché.
Impossible de présenter ce film de gangsters en ne racontant que les premiers évènements de l'histoire. Le scénario astucieusement éclaté empêche de le résumer efficacement. Je souhaite donc le faire en mettant en valeur les personnages car c'est ça Pulp Fiction, une histoire de personnages (souvent constitués en binôme) hauts en couleurs portés par des acteurs au sommet de leur art: puissants caïds, petits braqueurs amoureux, boxeurs... Ce sont trois histoires croisées qui finissent par se rejoindre.
Pumpkin & Honey Bunny
Ces deux braqueurs sont les premiers et derniers protagonistes du film. Yolanda (alias Honney Bunny), interprétée par Amanda Plummer, est folle amoureuse de son petit ami Ringo (alias Pumpkin), interprété par Tim Roth. Pulp Fiction commence dans un restaurant, comme dans Reservoir Dogs, premier film de Quentin Tarantino. Cette discussion se termine par l'annonce des deux tourtereaux au personnel et aux clients du restaurant de leur intention de les braquer. Puis la musique "Misirlou" de Dick Dale retentit par surprise, comme un coup de tonnerre, présentant le générique. Ensuite arrivent John Travolta et Samuel L. Jackson en costume noir, chemise blanche, cravate noire et coupe de cheveux improbable. Le spectateur prend alors conscience qu'il entre dans un film pas comme les autres.
The Wolf, Jules, Vincent, Mia
Jules Wingfield (Samuel L. Jackson), et Vincent Vega (John Travolta, considéré avant ce rôle comme "has been") sont deux tueurs à gage. A leur apparition, ils discutent des bars à haschisch et des hamburgers en Europe. On y apprend notamment que ces Américains trouvent dégoûtants d'accompagner les frites de mayonnaise. Voilà une partie du génie de Tarantino qui parvient à écrire des dialogues d'anthologie souvent sur des détails de la vie courante ! Le cinéaste américain dit à ce propos: "Au cinéma, les gangsters arrivent toujours à l'heure à leur rendez-vous, parfois en retard. Dans Pulp Fiction, ils arrivent en avance. Alors, que font-ils? Comme tout le monde, ils attendent dans le couloir en papotant pour faire passer le temps".
Vincent est le personnage central du film, presque toujours présent aux toilettes lorsqu'il y a un mauvais moment. Il doit "s'occuper" de Mia Wallace, la femme de Marsellus, son patron. Il doit la faire sortir, sans provoquer de situation ambiguë. Il l'invite dans un restaurant dédié aux années 50: les serveurs sont les sosies de Marilyn ou de James Dean et on dîne dans des Cadillac. Les décors sont magnifiques et nous donnent l'impression d'être nous-mêmes sous l'emprise de psychotropes. A la fin de la soirée, défoncés, Mia et Vincent dansent dans une scène culte, sensationnelle (un twist endiablé doté d'une chorégraphie géniale et originale) sur la musique de "You Never Can Tell", de Chuck Berry. Scène qui permet aux deux acteurs d'exprimer tout leur talent de danseurs. La prestation de Travolta dans le film ne se résume pas à la scène de danse, il est également formidable en drogué dans sa manière de marcher dans la maison de Mia Wallace. Ainsi que dans la scène jouissive où Vincent se pique la veine d'héroïne: parfaite alliance entre les images et la musique. Il est à noter cependant que dans le film, les drogués sont loin d'être les plus chanceux !
La superbe Uma Thurman, dans le rôle de la belle brune Mia, a le droit à une entrée progressive, on commence par ne voir que ses mains, ses pieds ou sa bouche.
Dans la dernière partie du film, vous aurez l'occasion de rencontrer "Wolf" (Harvey Keitel), un personnage hors du commun, mon préféré, dans des scènes extrêmement cocasses. Son boulot: résoudre les problèmes ! Fonction qu'il effectue avec classe et sang froid.
Marsellus Wallace, Butch, Fabienne, Koons
Les trois personnages principaux que sont Jules, Vincent et Butch sont liés à Marsellus Wallace. Marsellus paie le boxeur Butch pour "se coucher dans la cinquième", pour tomber sur le ring. Marsellus fait une entrée remarquable dans le film, vu que pendant toute la scène de la discussion avec Butch, Tarantino ne filme que le visage de Butch et la nuque de Marsellus. On ne voit véritablement Marsellus qu'après une heure de film. Butch apparaît également lentement car pendant toute la discussion, il ne parle pas, il écoute Marsellus. Ces deux "collègues" auront bientôt affaire à "Z"…
Enfant, Butch a rencontré le capitaine Koons (monologue de 5 minutes mémorable du grand Christopher Walken sur une montre appartenant au père de Butch qui l'avait cachée dans son trou de balle pendant la guerre). Il devient donc furieux lorsque Fabienne (Maria de Medeiros) sa douce petite amie française la perd. Malgré cette dispute, le couple sincère et attendrissant qu'il forme avec Fabienne, attachante femme-enfant, est à l'origine de la longue et délicieuse séquence romantique du film.
S'il y a bien un film que j'aimerais revoir pour la première fois, c'est celui-ci. Palme d'Or 1994, Pulp Fiction est un chef-d'oeuvre que j'ai vu de très nombreuses fois et que j'adore réellement. La bande originale, à l'image du film, est culte, Tarantino accordant toujours beaucoup d'importance à la musique, mais sans jamais faire appel à un compositeur. Le metteur en scène américain montre des détails de la vie, une discussion sur des vacances, sur les fast foods, sur les massages de pieds… Il montre la vie quotidienne de ces tueurs. En effet, il ne suit pas uniquement les personnages comme dans les grandes lignes d'un film, par exemple les scènes de crimes, il les suit aussi avant et après. Le fait que Tarantino soit un dialoguiste incomparable permet à ces scènes d'être passionnantes. Ces dialogues sont de plus servis par un casting hallucinant, l'un des plus grands jamais constitués. Pulp Fiction est un film assez violent, même si au final, il y a très peu de morts. La violence n'est pas ici choquante, Pulp Fiction ressemblant à une sorte de bande dessinée. Ce film rock'n'roll, à la structure scénaristique non linéaire et aux trouvailles foisonnantes, est une révolution cinématographique. C'est absolument jubilatoire !
Alexis