Le septième art à son apogée
Sergio Leone décède en 1989, à l'âge de 68 ans. Il était une fois en Amérique est son dernier film, son meilleur, un authentique chef d'œuvre ! C’est l’histoire d’une amitié trahie, de gamins qui ont cru pouvoir faire le mal en toute innocence, la destinée de quatre gangsters de 1922 à 1968. C’est une peinture de l’évolution de la société américaine, à travers les destins de ces jeunes ambitieux. David "Noodles" Aaranson revient à New York, dans le quartier juif du Lower East Side et se souvient de son enfance, avec ses amis "Patsy", "Cockeye", Max, Dominic, de sa passion pour Deborah, de son ascension dans la mafia new yorkaise pendant la période de Prohibition.
Le cinéaste italien nous transporte dans ce film sur un demi-siècle d’histoire criminelle de l’Amérique, à travers l’évocation de ces personnages violents et attachants. Le montage, avec de superbes et limpides flash-back, ainsi que le récit, subtilement construit, permettent de lier trois grandes époques: les années 1920 correspondant à l’adolescence des personnages, phase difficile où se tracent déjà les destins ; les années 1930, période d'enrichissement durant la Prohibition ; les années 1960 annonçant les prémices de la vieillesse. Sergio Leone établit donc un parallèle entre l’évolution de ces jeunes caïds et celle des États-Unis. Le film nous décrit l'aggravation progressive de la corruption et du crime avec par exemple la transition du gendarme combinard des années 1920 au gangstérisme des années 1960. Leone exprime ainsi son sentiment mélancolique envers la face obscure du rêve américain, il semble regretter le gangstérisme d'autrefois et cette période plus innocente des années 1920. La musique, plus légère durant la première période, contribue à ce sentiment.
Ce chef d'œuvre l’est surtout du fait d’un regard désillusionné sur la vie. C'est le regard absent, désappointé de Noodles, personnage magistralement interprété par Robert De Niro (l'acteur superlatif, mon préféré), qui occupe donc la place centrale de cette fresque. Un maquillage assez discret et des cheveux argentés lui permettent de jouer ce rôle à différents âges. Noodles est l'incarnation de l'homme ordinaire, nostalgique de sa jeunesse, trahi par ses proches alors qu'il croyait fermement en l'amitié, en la fidélité au serment. Il n’a pas d’ambition particulière, il a des pensées idéalisées et ne pense qu’à plaire à Déborah (Elisabeth McGovern, gracieuse et attendrissante).
Il était une fois en Amérique multiplie les scènes d'anthologie, à commencer par celle où les moments clés de la période de la Prohibition sont reliés par vingt-quatre sonneries de téléphone. Puis celle où Dominic tombe sous les balles de Bugsy, chef d'un clan rival, avec ces dernières paroles: "I slipped Noodles !" ("J'ai glissé Noodles"). L'un des moments les plus touchants du film ! La scène où Noodles tourne longuement et bruyamment sa cuillère dans sa tasse de café est parfaite de tension. Un autre moment magnifique de mélancolie et de nostalgie a lieu lorsque Noodles, vieilli, se retrouve face à la brèche par laquelle, enfant, il épiait Déborah.
La rencontre finale entre Noodles et Max (James Woods, imposant, sûrement son meilleur rôle) clôt et résume ce film sur la mémoire, sur l'amitié et ses désillusions. Le sourire de fin de Noodles dans la fumerie d’opium est synonyme de déconvenue, nous incitant à nous échapper de la difficile et souvent cruelle réalité au bénéfice d'un bonheur fabriqué, postiche même. A moins que ce film, qui commence et se termine dans une fumerie, ne soit qu’un simple cauchemar…
Ce film n’aura pas le succès qu’il mérite: aux États-Unis, il sera honteusement tronqué et dans le reste du monde, la durée (3h40) en fera fuir beaucoup. Mais Il était une fois en Amérique ne présente ni longueurs ni plans gratuits. On ne ressent jamais d’ennui, Leone alterne avec perfection les scènes violentes et les scènes d’émotion, la musique, notamment d’Ennio Morricone, nous berçant de nostalgie. Peut être la plus belle bande originale de l’histoire du cinéma. Ce film fait partie de ceux qu’on apprécie davantage à chaque visionnage. Une oeuvre inoubliable. Un film dont personne ne sort indifférent.
Alexis