De nombreux César - Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleur espoir féminin pour Hafsia Herzi - ont récompensé ce film dont le titre fait référence au couscous au poisson, future spécialité du restaurant que Slimane souhaite ouvrir suite à la perte de son emploi.
La Graine et le mulet, c'est une grande aventure humaine qu’on ne veut pas quitter, tant l'on se sent proches des personnages. Le rire et l’émotion sont inévitables, tout comme l’angoisse... En effet, à l'instar d'une bombe posée par un groupe terroriste dans un blockbuster américain, la disparition d'une couscoussière nous procure un stress terrible. On s'est tellement attachés à Slimane qu'on veut qu'il réussisse dans son entreprise.
Jamais manichéen, ce film invite à la tolérance et nous montre un bel exemple de diversité. L’ignorance et les préjugés éloignent les gens. Et ce sont l’ouverture d’esprit et la connaissance de l’autre qui ont permis à l’une des familles du film de dépasser les préjugés de religion ou d'origine, comme on peut le voir au début dans la chaleureuse scène du couscous.
La référence au cinéma de Maurice Pialat est fréquente lorsqu'est évoqué celui d' Abdellatif Kechiche. Une référence flatteuse et justifiée. A la vision de plusieurs séquences étourdissantes de La Graine et le mulet, j’ai eu le même genre de sentiments que lors de la scène dans la cuisine entre Dominique Rocheteau et Gérard Depardieu dans Le Garçu, l'une de mes scènes de cinéma préférées. De plus, beaucoup d'acteurs sont ici débutants, tout comme l’était Rocheteau ! Hafsia Herzi est éblouissante de naturel et de sensualité, une vraie révélation, à l’image de Sandrine Bonnaire dans A nos amours ! Le casting tout entier mériterait une récompense, notamment Habib Boufares dans le rôle de Slimane, personnage usé et laconique et Alice Houri, dans celui de la trahie Julia, (j’ai rarement vu une scène aussi crédible que celle où, bouleversée et en larmes, elle crie son exaspération à Slimane).
La qualité de la direction d'acteurs, du scénario, des dialogues est à mettre au crédit de Kechiche, dont la mise en scène faite de plans serrés nous rend les personnages encore plus proches. C'est un cinéma profondément humain, plein de vérité, trop rare. La Graine et le mulet est un film sur la vie, toute la vie, avec ses bonheurs simples, ses moments de sincérité, de générosité et d’amour familial mais aussi ses trahisons et ses déceptions. Un film absolument magnifique. Merci Abdellatif Kechiche !
Alexis