Après sept ans d'absence, Stanley Kubrick revient en 1987 avec ce film qui évoque la guerre du Vietnam à travers l'instruction d'un groupe de Marines. Full Metal Jacket est divisé en deux parties: le camp d'entraînement et la guerre en elle-même. Il a été filmé quasi-entièrement en Angleterre mais on a vraiment l'impression d'être au Vietnam. Dans ce chef-d'œuvre où l'humour noir est très présent, Kubrick montre l'absurdité de la guerre ainsi que le processus qui transforme les gens en machines à tuer. Le titre fait référence à un certain type de munition utilisée dans l'armée, la balle chemisée métal.
La première partie du film, qui a lieu dans un camp de Marines, à Paris Island, est tellement captivante qu'on ne peut pas décoller les yeux de l'écran. Avec deux performances exceptionnelles. Tout d'abord celle de Lee Ermey, dans le rôle du sergent instructeur Hartman. Lee Ermey est un ancien instructeur des US Marines, il a aussi été recruté pour ce film comme consultant et a ainsi pu indiquer la nature des exercices pratiqués. Il s'agit là d'une des plus terrifiantes et réalistes interprétations du cinéma. L'autre grande prestation est celle de Vincent D'Onofrio: il incarne l'engagé Baleine, moqué par l'instructeur et frappé par ses camarades du corps des Marines. La transformation de D'Onofrio est impressionnante. Kubrick montre que ces camps entraînent l'abrutissement. Lorsque l'engagé Baleine dit "je suis dans un monde merdique", il est alors devenu une machine à tuer, un corps sans réflexion.
L'enchaînement des deux périodes est génial, porté par la musique enjouée de Nancy Sinatra, "These Boots Are Made For Walking". La deuxième partie du film prend place au Vietnam, dans le bourbier, vu à travers les yeux des nouveaux Marines endoctrinés. Cette guerre est perçue différemment selon les soldats. Ainsi, le journaliste militaire Rafterman dit, devant deux cadavres de marines: "en tout cas, ils sont morts pour une bonne cause". "La liberté" précise-t-il. Puis, "la brute", un autre marine, lui répond: "Tire la chasse sur ton pois chiche, le bleu. Tu crois que c'est pour la liberté qu'on bute du Viet ? S'il faut que j'me fasse péter les valseuses pour un mot, ce sera pour "crac-boum-hue"". De la même manière, lors de l'interview par des cameramen de télévision, les soldats manifestent globalement toute leur incompréhension face à ce conflit. Ils semblent véritablement égarés par leur expérience au Vietnam.
Cette deuxième partie suit l'engagé Guignol (Matthew Modine), qui est dans les deux parties du film. Guignol a une personnalité duale, tantôt conscient de l'inutilité de cette guerre, tantôt acteur sans scrupule de ce massacre: "Je voulais voir l'exotisme du Vietnam qui est le joyau du sud est asiatique. Je... je voulais parler à des gens intéressants, enrichissants de par leur culture ancestrale... et les tuer. J'voulais être le premier p'tit gars de mon immeuble à avoir un mort certifié." Guignol porte un casque avec l'insigne "Born to kill" (né pour tuer) et un badge avec le signe de paix. Une dualité qui montre à nouveau, comme dans 2001, L'Odyssée de l'Espace, cette difficulté de l'homme à agir entre sa volonté de construire et de détruire. Un thème très cher à Kubrick. En même temps qu'un formidable divertissement, Full Metal Jacket est une très pertinente dénonciation de la guerre et de sa médiatisation !
Alexis