Un film un peu «surcoté»
Ici Gad Elmaleh laisse sa figure de «one man show» dans le placard, et fait peau neuve dans le célèbre personnage François Pignon. Un pari difficile, mais réussi !
François Pignon, personnage fétiche et jusque là, porte-bonheur de Francis Veber. Il a été interprété dans L'Emmerdeur par Jacques Brel, dans Les Compères et Les Fugitifs par Pierre Richard, dans Le Dîner de Cons par le très regretté Jacques Villeret, et enfin en 2001, dans Le Placard par Daniel Auteuil. Autant dire que depuis sa première apparition en 1973, Pignon est devenu un personnage mythique.
Du coup, film après film, le réalisateur se lance de nouveaux défis, jouant entre conservatisme et innovation, normativisme d’antan et évolution des moeurs, cherchant ainsi l’acteur idéal du moment, capable de transmettre au plus grand nombre, la simplicité et la modestie du caractère de Pignon. Un homme naïf et innocent à qui tout arrive, sans rien demander.
Dans ce film, on a deux catégories de personnes. Les gens riches et puissants, et les autres. François Pignon et son colocataire Richard – très bien interprété par Dany Boon – font évidemment partie des «autres». Ils sont tous deux voituriers et ont peu d’estime de leur personne. Mais brusquement, la vie de Pignon va changer. Encore une fois, il se trouvait au bon endroit, au bon moment ! Sortant d’une «tragédie sentimentale», sans rien demander, il va jouer les agents doubles pour le compte d’un milliardaire en hébergeant chez lui Eléna, un mannequin renommé, qui fera tourner toutes les têtes !
On sait tous que ces genres de situations sont drôles, surtout lorsqu’elles passent entre les mains de Francis Veber, ça ne peut avoir que plus de mordant ! Néanmoins, malgré une bonne sélection, une bonne interprétation de la part des acteurs – dont un talentueux Gad Elmaleh – et une bonne réalisation, le scénario de La Doublure reste assez léger à mon goût. On rit à quelques moments bien sûr, on se détend assez, mais on n’a pas autant le fou rire que dans les précédents Veber. On n’a pas le souffle coupé d’hilarités, les larmes aux yeux et les «abdos en feu» comme dans Le Dîner de Cons, ou La Chèvre…
Voilà ce qui arrive lorsqu’on nous habitue à «consommer» de bonnes choses !
Alors, vaut-il le coup d’aller voir La Doublure ?
Heu... Oui ! Car on passe un bon moment et c’est ce qui compte lorsqu’on va voir une comédie. Ce n’est donc pas le nombre de scènes drôles, ou encore le fait qu’on nous ait montré les «meilleures répliques» dans la bande-annonce, mais plutôt le déroulement, l’enchaînement, le jeu d’acteur, la finesse des mises en situation… orchestrés par le réalisateur, qui nous font passer un bon moment.
Ce qui change notamment dans ce dernier Veber, c’est la place accordée aux femmes. Alice Taglioni, Virginie Ledoyen, et Kristin Scott Thomas sont ainsi les pièces maîtresses du scénario de La Doublure. On verra aussi dans ce film de belles voitures et du beau monde. On apercevra notamment parmi les acteurs, le mannequin Noémie Lenoir et le costumier allemand Karl Lagerfeld.
Enfin, j’ai spécialement apprécié le générique de début. Une sorte de «collage» des personnages sur un décor dessiné et mobile très original ! Alors surtout, n’arrivez pas en retard à la séance !
Ryad