Chronique de... Sylvain datant du 15 Mars 2007:
Sylvain
Présentation de Sylvain par Alexis:
Agé de 30 ans, Sylvain est le cousin de Bruno, auteur de deux chroniques sur ce site. Sylvain travaille depuis 5 ans à la préfecture de Foix. Il a deux passions principales: le cinéma et le football, qu'il pratique au club de l'E.O. Mercus.
Sylvain nous propose aujourd'hui une analyse de la trilogie du cinéaste mexicain Alejandro Gonzalez Iñaritu. Sylvain s'est lui-même proposé à nous pour écrire cette chronique. Merci à lui de nous faire partager sa passion du septième art !
Amours chiennes
21 Grammes
Babel
Titre Original: Amores perros
Réalisateur: Alejandro González Iñárritu
Interprètes: Goya Toledo (Valeria), Alvaro Guerrero (Daniel), Jorge Salinas (Luis), Emilio Echevarria (El Chivo), Gael Garcia Bernal (Octavio)...
Date de sortie: 01 novembre 2000
Genre: Drame, Policier
Durée: 2h33
Nationalité: Mexique Titre original: 21 Grams
Réalisateur: Alejandro González Inárritu
Interprètes: Sean Penn (Paul Rivers), Benicio Del Toro (Jack Jordan), Naomi Watts (Cristina Peck), Charlotte Gainsbourg (Mary Rivers)…
Date de sortie: 21 janvier 2004
Genre: Drame
Durée: 2h04
Nationalité: États-UnisRéalisateur: Alejandro González Inárritu
Interprètes: Brad Pitt (Richard), Cate Blanchett (Susan), Rinko Kinkuchi (Chieko), Adriana Barraza (Amelia), Gael Garcia Bernal (Santiago)...
Date de sortie: 15 novembre 2006
Genre: Drame
Durée: 2h15
Nationalité: États-Unis
La trilogie de Alejandro González Iñárritu:
Je voudrais vous parler à travers ces quelques lignes de la trilogie du génial mexicain Alejandro González Iñárritu (Amours Chiennes, 21 grammes et Babel) et plus particulièrement du premier volet Amours Chiennes (Amores Perros) sorti en 2000, qui a été nommé à l’Oscar du meilleur film étranger et a remporté plus d’une cinquantaine de prix parmi les plus prestigieux dans le monde entier...
Cette trilogie, c'est d'abord l'union de 3 hommes qui sont devenus inséparables: Alejandro González Iñarritu à la réalisation donc, Guillermo Arriaga au scénario et Gustavo Santaolalla à la musique.
Le réalisateur mexicain Alejandro González Inárritu.
Alors que Babel, le dernier volet, vient de recevoir le Prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes, il faut voir, si vous ne l'avez déjà fait, son étonnant premier long métrage (de préférence en version originale), inspiré du roman de Guillermo Arriaga. Tous les personnages s'y croisent sans jamais se rencontrer. Mais un accident de voiture, survenu en plein Mexico, et auquel ils ont tous pris part, les lie d'une manière indissoluble.
Ces trois histoires violentes se croisent pour dresser un portrait cruel de la société. Le film est un véritable choc qui secoue le spectateur dès le début du film avec de terrifiantes scènes de combat de chiens. Le scénario s'amuse à nouer ensemble ces trois récits un peu comme dans Magnolia sauf qu'il organise ses variations autour d'un chien tour à tour danger public, protecteur fidèle, ami innocent...
Alvaro Guerrero dans Amours Chiennes.
L'épisode central est le plus inquiétant des trois: un top-modèle blessé, son amant, des lattes de parquet qui cèdent et un toutou qui tombe dans le trou. Commence alors un long moment de terreur insidieuse. "Les chiens, symboles d'une humanité dégradée, à la fois soumise et sauvage, sont la figure récurrente du film." (Pierre Murat, Télérama). Dans ce pays forcené – le sien –, que González Iñárritu dépeint avec un talent rageur et viscéral, le sort de l'homme et de l'animal se rejoignent.
Le deuxième volet, 21 grammes, a également marqué les esprits. C'est un véritable électrochoc, d'une puissance et d'une beauté rares. Servi par une musique magnifique, Alejandro González Iñárritu nous offre un film impressionnant, marquant, troublant, poignant sur l'existence et sur la mort. Le film n'est pas chronologique, il est monté comme un puzzle. Les histoires sont morcelées et mélangées. La réalisation d' Iñárritu relève réellement du génie...
C'est l'histoire de trois destins qui s'entremêlent, de trois personnages qui sont liés par un drame tragique. Un homme cause un accident et tue trois personnes. Une jeune femme voit sa vie à jamais bouleversée par cet accident. Un autre homme est malade du coeur et doit subir une transplantation. Le titre du film fait référence à la théorie développée par le médecin américain Duncan MacDougall, selon laquelle l'être humain perdrait 21 grammes au moment de sa mort.
21 grammes c'est aussi trois acteurs qui sont au sommet de leur art et qui se donnent à fond. Sean Penn est magistral dans le rôle de Paul, il est juste, touchant, sincère (Alejandro González Iñárritu a d'ailleurs dit: «Travailler avec Sean Penn, c'est comme jouer au foot avec David Beckham ou faire du vélo avec Lance Armstrong, vous jouez dans la cour des grands...»). Naomi Watts est bouleversante dans le rôle de Cristina et confirme une nouvelle fois qu'elle est l'une des meilleures actrices de sa génération voire la meilleure (à voir également sa prestation dans Mulholand Drive, magnifique). Quant à Benicio Del Toro, il est Jack, ex-prisonnier en quête de rédemption ; il est époustouflant, quel talent énorme ! Il y a également au générique la française Charlotte Gainsbourg qui livre une très bonne prestation, touchante et vraie, dans le rôle de la femme de Paul.
Benicio Del Toro et Melissa Leo dans 21 Grammes.
Dans le générique du film, Alejandro González Iñárritu dédie 21 grammes à son épouse, Maria Eladia avec une dédicace, qui figure au générique en espagnol, faisant allusion à l'enfant que le couple a perdu, quelques jours après sa naissance. Le film a été présenté à la Mostra de Venise, où Sean Penn a reçu le prix d'interprétation masculine.
Enfin, Babel, le dernier volet, avec toujours trois histoires qui s'entremêlent, et qui ont toutes un point commun, un fameux fusil. C’est le coup de fusil, tiré par deux gamins marocains, juste pour vérifier la portée de l’arme, qui bouleverse, en un rien de temps, la vie d’un couple d'américains en crise (Brad Pitt et Cate Blanchett), d’une gouvernante mexicaine (Adriana Barraza), qui amène les enfants dont elle a la charge au mariage de son fils, et d’un homme d’affaires japonais (Kôji Yakusho), qui, à son insu, aura précipité le drame, des mois auparavant, par un simple geste d’amitié...
Peut-être le moins intéressant des trois à mon goût, car c'est celui qui se révèle le moins habile dans l'art d'enchevêtrer les histoires... Paradoxalement, c'est celui qui a reçu le prix de la mise en scène à Cannes et qui est candidat à l'oscar 2007 du meilleur film ; c'est donc à vous de voir...
Reste tout de même un film touchant et sincère, qui aborde un sujet qui touche tout le monde en évoquant un contexte social et politique contemporain fort et pessimiste (les relations internationales, et notamment l'éternel thème d'Arriaga: l'arrogance américaine envers le Mexique et ses habitants – que l'on peut retrouver également dans le récent Trois enterrements dont il est l'auteur). Bref, un film pas dénué de défauts mais qui marque, et surtout qui émeut. Un film qui touche juste.
Rinko Kikuchi dans Babel.
On retrouve aussi de la part de M. Iñárritu cette même qualité à diriger les acteurs, en l'occurrence Brad Pitt et Cate Blanchett, impeccables, même si ce n'est assurément pas leurs meilleurs rôles. A coté de ces stars, le réalisateur mexicain a, pour la première fois, décidé de faire appel à un casting non-professionnel, une décision pas facile à prendre, il s'en explique: "Travailler avec des non-acteurs a été un vrai challenge, mais cela a aussi rendu tout plus réel. Lorsque nous avons commencé le casting, je me suis rendu compte que les acteurs professionnels au Maroc ne ressemblaient pas à des habitants du désert, parce que leur peau était trop douce, leur look trop travaillé". Le département du casting a dû choisir soigneusement des charpentiers, des programmateurs informatiques. Les annonces de casting étaient passées grâce aux haut-parleurs des mosquées dans les petits villages du Sahara. L'apport de non-professionnels était "la meilleure décision du film", selon le réalisateur.
Le réalisateur Alejandro González Inárritu et Brad Pitt sur le tournage de Babel au Maroc.
Pour conclure, je dirais que Iñárritu est vraiment un grand réalisateur, en ce sens qu'il a su réconcilier le cinéma d'auteur et le cinéma grand public ; car cette trilogie, filmée de façon incisive, nerveuse et inventive, est véritablement servie par une mise en scène époustouflante, des histoires magnifiques et une musique hallucinante. Iñárritu fait partie de ces réalisateurs talentueux sud-américains (et plus particulièrement mexicains) qui ont brillé récemment: Alfonso Cuáron (l'excellent «les fils de l'homme»), Fernando Meirelles («La cité de Dieu» et «The Constant Gardener» adapté d'un roman de John Le Carré), et Guillermo Del Toro («Le labyrinthe de Pan» et «Hellboy 1 & 2»).
En ces temps de disette, une telle qualité cinématographique est vraiment à souligner... L'heure est en effet aujourd'hui aux innombrables suites ou «prequels» inutiles (enfin presque) et aux films produits à la chaîne dans les usines Hollywood ; dans ce contexte, de tels films vous font oublier la médiocrité ambiante...
Alors, même s'il lui est reproché, du côté de son pays natal, de s'être américanisé, espérons que M. Iñárritu saura garder cette même fraîcheur, cette même inspiration dont il a fait preuve et nous ravir autant...Sylvain
Sources:
Télérama
6nema.com
cinemovies.fr, etc.