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Chronique de... Positif datant du 1er Août 2007:

Positif

Positif

 

Présentation du magazine Positif, par Alexis:

Sur le nouveau site de la revue Positif – www.revue-positif.net –, les premières lignes introduisent le magazine de cette manière: "Positif est la seule revue mensuelle de cinéma qui n’appartienne pas à un groupe de presse. Cette indépendance économique s’accorde avec une revue dont la liberté de ton, le refus des modes, la singularité de la vision critique ont fait la réputation". Dans la rubrique "Présences du cinéma" du numéro de juillet 2006, Hubert Niogret rendait hommage au cinéaste japonais Shohei Imamura, disparu il y a donc un an.

Shohei_Imamura

Shohei Imamura
(1926-2006)

 

Par une terrible ironie du sort, ce fils de médecin est mort d'un cancer, conséquence probable du diabète qui l'accablait depuis des années, lui dont l'avant dernier film, Docteur Akagi, racontait la vie d'un médecin soucieux de l'hépatite. Le distributeur français avait d'ailleurs re-titré le film Docteur Foie (1998).

La maladie qu'il endurait depuis plus de dix ans n'avait en rien entamé son énergie, qui transparaissait dans les images de ses films, notamment le dernier, De l'eau tiède sous un pont rouge (Akai hashi noshitano nurui mizu, 2001), véritable hommage à la vitalité amoureuse et au jaillissement du sexe (au sens propre). Toute son œuvre aura d'ailleurs été dominée par cette recherche de la vérité du sexe, de tout ce qui se situait en dessous de la ceinture et que la bonne société voulait ignorer, et, au sens large, social et politique, de toute la face cachée du Japon, cette énorme masse populaire située au-delà de l'échelle sociale traditionnelle (aristocrates et guerriers, bourgeois, marchands). C'est dans cette masse souvent rejetée, toujours manipulée ou exploitée, qu'il recherchait la vitalité japonaise, l'essence de ce qui devait constituer l'être japonais. Centré sur ce problème d'identité, il avait refusé pendant longtemps les voyages, et, à la différence de cinéastes encensés comme Akira Kurosawa, il n'adaptait que des auteurs japonais pour des histoires mettant en jeu des Japonais.

Moins célèbre que Kurosawa, il faisait partie de la génération suivante, celle qui avait fait ses études cinématographiques après la guerre, qui avait commencé à réaliser des films à partir de 1958, et que l'on regroupait sous l'appellation de nouvelle vague japonaise à l'image de la Nouvelle Vague française. A la différence de ses collègues Nagisa Oshima ou Kinju Yoshida, sa formation avait été plus longue au sein des studios (avec Yasujiro Ozu, dont il n'avait été que le quatrième assistant, mais surtout avec un cinéaste qui l'a beaucoup influencé, Yuzo Kawashima), et il ne s'en était détaché que peu à peu, contrairement à Oshima qui avait rompu les liens brutalement.

Si ses premiers films à l'intérieur même du studio, et plus tard en indépendant (à partir de 1966, Le Pornographe [Jinruigaku Nyumon]) vont le rendre célèbre au Japon, ce n'est que dans la troisième période de sa carrière, après une période documentaire obligée, qu'il sera reconnu à l'étranger avec La vengeance est à moi (Fukushu Suruwa ware ni Ari, 1979). Il aura été un enfant turbulent de l'industrie cinématographique, par ses positions antiaméricaines (Cochons et Cuirassés [Buta to Guntan], 1970), son sens de la provocation (notamment sexuelle) et sa défense des femmes opprimées (La Femme insecte [Nippon Konchuki], 1963), sa vision d'une société authentique, sa mise à nu de l'histoire (Histoire du Japon racontée par une hôtesse de bar [Nippon sengoshi-Madamu Onboro no Seikatsu], 1970 ; Pluie noire [Kuroi Ame], 1989), sa défense systématique des sans-grade et des opprimés (La Ballade de Narayama [Narayama Bushi-ko], auréolé d'une Palme d'or à Cannes en 1983, n'était rien d'autre que cette peinture sociale), son habileté à tourner des comédies sentimentales et grotesques à la fois (L'Anguille [Unagi], deuxième Palme d'or cannoise en 1996), à mêler les personnages et leurs histoires avec la grande Histoire (Profonds Désirs des dieux [Kamigami no Fukaki], 1968 ; Eijanaika [Eejanaika], 1981 ; Zegen, le seigneur des bordels [Zegen], 1987). En seize longs métrages, de 1958 à 2001, il aura bâti une œuvre exemplaire, politique alors qu'elle ne se proclamait jamais comme telle, profondément humaniste, avec une réinvention permanente du style cinématographique, comme si la force, l'ironie, et la jeunesse des premiers "désirs" (un mot qui revient dans plusieurs de ses titres) ne l'avaient jamais quitté. Un maître.

Hubert Niogret


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