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Chronique de... Meriem datant du 30 Mai 2007:

Meriem

Meriem

 

Présentation de Meriem par Alexis:

J'ai rencontré Meriem l'été dernier alors que je passais des vacances avec mes amis en Algérie. Avec ses copines Nassima et Dalia, elle nous avait chaleureusement accueilli dans son pays. Cette algérienne et algéroise de 24 ans, volubile et pleine d'humour, est diplômée en pharmacie et est actuellement déléguée hospitalière pour le compte d'un laboratoire pharmaceutique.

Passionnée de séries télé et très intéressée par le cinéma, elle nous propose aujourd'hui de partager son expérience dans ce domaine: la réalisation d'un court-métrage. C'était dans le cadre d'un partenariat entre le "Goethe Institut" et une association de jeunes étudiants appelée "Le Souk" dont elle fait partie.


Silence on tourne !

Filmes ma chorale

Lorsque je filmais ma chorale.

Introduction

Bonjour à tous, tout d’abord je me présente je suis Meriem, jeune algérienne de 23 ans, «sériephile» si je puis dire et cinéphile (même si je ne trouve pas toujours le temps de voir les films qui m’intéressent).
Attirée donc par le monde du 7ème art, j’aurais adoré me retrouver devant la caméra pour pouvoir m’amuser à être quelqu’un d’autre, au lieu de ça il m’est arrivé quelque chose de très enrichissant en novembre 2006, j’ai eu l’occasion avec 7 jeunes filles d’apprendre la réalisation avec Mr Frieder Schlaich, réalisateur allemand qui s’est fait connaître par son film Otomo (mais j’avoue que je ne savais pas du tout qui c’était). Apparemment, officieusement il est venu faire des recherches pour un film sur Camus qu'il souhaite réaliser bientôt, mais officiellement il est venu par le biais du "Goethe institut" (le centre culturel allemand) dans le cadre d'un workshop.


Rencontre avec Frieder

Pour commencer, quand on m’a parlé de réalisateur j’ai un peu tiqué, je me souvenais des épisodes soporifiques de «Derrick», et comme c’était une réalisation allemande, j’appréhendais.

Frieder Schlaich

Le réalisateur Frieder Schlaich (photo 2004).

Mais il s’est avéré que Frieder est un bon formateur qui, pour commencer, a essayé de nous connaître, de nous cerner puis nous a donné une caméra par binômes et telles des petites filles curieuses on s’est mises à faire un peu tout et n’importe quoi, les débuts furent d’ailleurs difficiles mais extrêmement drôles:

- Comment porter une caméra ?
- Enregistrer des séquences sans queue ni tête,
- Jouer sur la lumière,
- Utiliser le trépied,
- Filmer sans bouger au point de donner au spectateur l’envie de vomir,
- Enregistrement du son de façon nette et claire (chose très importante et délicate d’ailleurs),
- Cadrer l’image de façon à ne pas couper la tête de l’acteur,
- Apprendre à zoomer et j’en passe... Des tas de petites choses, de points essentiels qui ne nous interpellent pas le moins du monde lorsqu’on regarde un film !

À côté de ça on a pu apprendre à «Observer» et «Savourer» un court-métrage (le style de petit film de 20 min avec un budget très réduit qu’on peut voir sur Arte), et au fil des productions qu’on a eu l’occasion de voir, on se surprend à se mettre à la place du réalisateur, à noter la qualité du son, de la lumière, les mouvements, les axes ! Et ce qui est encore mieux c’est que j’ai apprécié tout ces petits films allemands sous-titrés en anglais ou en français et ça, c’est un exploit pour moi ! :-)


Le projet

Au bout de 3 jours, il était temps pour nous de commencer le «projet», nous avions en tout 10 jours et le but final était de réaliser un court-métrage (même très court-métrage :-) d’environ 20 min et qui avait pour thème un sujet qui nous touchait toutes les huit et qui était en relation avec l’Algérie.
La chose n’étant pas facile, on s’est divisées en cinq groupes et on a réalisé 5 mini films de 5 à 10 min chacune, ainsi chacune a pu parler et filmer ce qui la touchait.

Mon Algérie

Mon Algérie.

Les 5 thèmes abordés furent:

  1. «Femmes en communication», association de femmes qui essayent de promouvoir la communication par les moyens les plus récents tels que le web à travers le pays (une des filles fait partie de cette association).
  2. Situation des études et des étudiants en Algérie.
  3. Fiction sur la double vie que peuvent avoir certaines filles en Algérie lorsqu’elles sont obligées devant leurs familles sévères d’être soumises et que le soir dès qu’elles en trouvent le moyen elles se lâchent.
  4. Ce qui fait l’Algérie en images, ses plus et ses moins.
  5. La musique en Algérie qui est loin d’être représentée uniquement par le Raï. Bien au contraire notre musique et ma musique en particulier est toute autre ! (c’était mon thème :-)

Prêtes à aller filmer !

Prêtes à aller filmer !

Une fois les thèmes choisis, on s’est mises au travail mais mon dieu que c’était dur !!
On nous avait préparé aux difficultés de la réalisation mais pas aux murs auxquels on se heurte. Par exemple: il est interdit de filmer dans les rues sans autorisation mais essayer de demander une autorisation c’est encore plus risqué, car ils peuvent prendre des mois sans donner de réponse !! Alala !! Du coup comme des voleuses, pour pouvoir filmer sans être vues, on a fait un trou de la taille de l’objectif dans un cartable et on s’est baladés avec dans les rues d’Alger :-).
Pour l’introduction de mon film par exemple, je devais filmer un ou des vendeurs de cassettes mais ils refusèrent tous de se faire filmer et pire encore ils refusèrent qu’on filme leur boutique, on a marché des kilomètres, on a bien fait dix marchands au moins et avec toute la diplomatie dont je suis capable, j’ai échoué ! Heureusement une brebis galeuse (un des marchand donc) se trouvait parmi eux et j’ai pu filmer l’intérieur d’un magasin mais sans filmer le proprio.

Chez le marchand de casettes

Chez le marchand de cassettes.

Une fois les images dans la boite, l’étape du montage a débuté !! Ça c’était quelque chose ! On se rend compte comment la technologie peut faire des miracles !!
Couper des séquences et les placer ailleurs, disposer une image sur une autre, ajouter des effets de très mauvais goûts pour faire une transition :-), en fait c’est difficile à expliquer mais avec le programme "videomaker" on peut ajouter des effets pour faire une transition entre une scène et une autre et par exemple, il y a des effets avec des coeurs :-) c'est moche mais c'est marrant :-) (Malheureusement Frieder a failli faire une crise cardiaque on a dû les changer :-).
Le montage est très marrant au début mais c’est loin d’être une mince affaire surtout lorsqu’il y a du son et qu’on veut couper des séquences !! Un vrai casse tête chinois !!

Montage du film

Montage de notre court-métrage «Mon Algérie».

Et enfin avec l’aide de Frieder qui a regroupé les 5 films on a réussi à avoir notre court-métrage qu’on a diffusé pour la première fois à l’état pratiquement brut au Diocésain, centre d’étude tenu par le père Thierry Becker, oui un vrai père :-). Ce centre d'étude contient une bibliothèque ouverte à tous ceux qui souhaitent s'y inscrire, ils reçoivent aussi de jeunes étudiants étrangers qui veulent faire un mémoire en Algérie, c'est pas étatique et ils vivent des dons d'autrui. Mr Beker nous a gentiment prêté les murs du centre pour les besoins de notre formation. On a tous l’esprit critique lorsqu’il s’agit de nous et c’est paradoxalement excitant et énervant de voir ce qu’on a réalisé soi-même.


En conclusion, la réalisation ça a du bon !! Notre film s’appelle «Mon Algérie», et franchement ce fut une excellente expérience qui me permet aujourd’hui de me rendre compte de la difficulté de faire des films, et de respecter le cinéma d’auteurs et tous les courts-métrages qui racontent une histoire beaucoup plus profonde qu’un tas de films hollywoodiens à très gros budget.

Respect !!

Meriem


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