Chronique de... Marie datant du 1er Octobre 2007:
Marie
Présentation de Marie, par Alexis:
C’est en 2005 que j'ai rencontré Marie, au cours du Master 2 Collectivités territoriales. Diplôme dont elle est brillamment sortie major ! Agée de 24 ans, plutôt introvertie mais toujours prête à faire la fête, Marie poursuit ses études à l'institut régional d'administration de Bastia.
Aujourd'hui, Marie nous propose l’analyse d’un film récent qu’elle a particulièrement aimé: V pour Vendetta, de James McTeigue.
V pour Vendetta
Titre original: V for Vendetta
Réalisateur: James McTeigue
Interprètes: Natalie Portman (Evey Hammond), Hugo Weaving (V), Stephen Rea (Finch), Stephen Fry (Gordon Deitrich), John Hurt (Adam Sutler)…
Date de sortie: 19 avril 2006
Genre: Science-Fiction, Action, Thriller, Fantastique
Durée: 2h10
Nationalité: États-Unis
Après les nombreuses demandes d’Alexis, j’ai fini par accepter d’écrire une chronique pour son site, vu qu’il avait réponse à toutes mes objections ! Pourtant, si j’aime beaucoup le cinéma, je ne suis qu’une cinéphile «amateur», qui n’y connaît rien en histoire ni en techniques du cinéma et qui n’a pas vu bon nombre de classiques incontournables !!
Ce que je recherche en allant au cinéma, c’est de passer un bon moment, d’être surprise, émue, touchée, et surtout, de ressortir de la salle en n’étant pas tout à fait la même qu’au moment où j’y suis entrée. J’aime qu’un film continue à exister dans ma tête pendant les jours qui suivent ; qu’une scène, une image, une réplique… reste gravée dans ma mémoire et se remette à vivre quand la réalité me rappelle la fiction.
Après avoir longtemps réfléchi au thème que je pourrais aborder dans cette chronique, j’ai choisi de parler d’un film pour lequel j’ai eu un véritable coup de cœur, film pourtant choisi au hasard, par une froide soirée d’avril, il ya 2 ans. Ce film, c’est V for Vendetta, réalisé par James Mc Teigue et sorti en 2006.
SYNOPSIS
Vers 2038, après une guerre à peine évoquée et un terrible attentat bactériologique, l'Angleterre est dirigée par un parti fasciste. Adam Sutler, dictateur, s'est proclamé «Haut-chancelier d'Angleterre». Le régime bafoue les libertés individuelles, au nom de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme instaurées suite à une série d'attentats meurtriers.
Evey Hammond est employée aux studios de la BTN, la plus grande chaîne télévisée anglaise et l’instrument de propagande du parti, dans le climat de tension extrême dans lequel est plongé le pays.
Un soir, Evey s'apprête à rendre visite à un ami, producteur à la BTN, lorsqu'elle entend le début du couvre-feu. Remarquée et rattrapée par les hommes du Doigt, la police secrète, elle est sauvée in extremis par un mystérieux homme masqué et vêtu de noir qui se présente à elle sous le nom de «V».
LES ORIGINES DU SCENARIO ET DU HEROS
Les B.D V pour Vendetta
Le scénario du film est tiré de la bande dessinée d’Alan Moore. Publiée pour la première fois en 1981, V pour Vendetta était une réflexion sur la solution anarchiste dans un hypothétique Royaume-Uni fasciste.
Alan Moore, l'auteur de la B.D V pour Vendertta.
Par ce contexte futuriste, Moore fustigeait le pouvoir Thatchérien et le danger pour un peuple de privilégier la sécurité au détriment de la liberté.
L’auteur n'a jamais souhaité voir son œuvre portée à l'écran et a refusé de s’associer au film de James Mc Teigue, pas plus qu’il ne l’avais fait pour From Hell, La Ligue des gentlemen extraordinaires et The Watchmen, également inspirés de ses créations.Si le film est issu de la bande dessinée, elle-même s’inspire d’un personnage historique, celui de Guy Fawkes.
Guy Fawkes (1570-1606)
Catholique anglais né en 1570 et mort en 1606, Fawkes fut impliqué dans la Conspiration des poudres, le 5 novembre 1605.
Cette conspiration visait à assassiner le roi protestant Jacques Ier et les membres des deux Chambres du Parlement du Royaume-Uni, en faisant exploser le Westminster Palace lors de la session d'ouverture du Parlement. Le but était de protester contre la politique du roi en matière de religion, jugée intolérante. Mais Fawkes fut arrêté avant de mener à bien ses projets et après un interrogatoire sévère, lors duquel il fut torturé, Fawkes et ses complices furent exécutés pour trahison et tentative de régicide. Son échec (ou sa tentative, pour certains) est célébré lors de la Guy Fawkes Night (aussi appelée Bonfire Night ou Fireworks Night) tous les 5 novembre.
UN FILM EXIGEANT
Le film débute par le rappel de cette référence historique et par la comptine populaire qui commémore cet événement:
«Remember, remember the fifth of November, Gunpowder Treason and Plot, I see no reason why the gunpowder treason Should ever be forgot». "Souvenez-vous, souvenez-vous du cinq novembre:
Poudre trahison et conspiration
Je ne vois aucune raison de jamais
Oublier la trahison des poudres"
Ainsi, le ton du film est donné: le niveau de langue est soutenu, voire littéraire ou théâtral, c’est un vrai plaisir d’écouter les dialogues, et principalement les répliques de V, dans lesquelles aucun mot n’est laissé au hasard.
Mr V !
Par exemple, les références à la lettre V (vengeance, vendetta) et au chiffre romain V sont très présentes dans le film, visuellement et à travers les mots, comme l’illustre cette tirade de V, lorsqu’il se présente à Evey, lors de leur première rencontre (encore plus impressionnant en version originale !):
«Voilà ! Vois en moi l'image d'un humble vétéran de vaudeville distribué vicieusement dans les rôles de victime et de vilain par les vicissitudes de la vie. Ce visage, plus qu'un vil vernis de vanité, est un vestige de la vox populi aujourd'hui vacante, évanouie. Cependant cette vaillante visite d'une vexation passée se retrouve vivifiée et a fait vœu de vaincre cette vénale et virulente vermine vantant le vice et versant dans la vicieusement violente et vorace violation de la volition. Un seul verdict, la vengeance, une vendetta telle une offrande votive mais pas en vain car sa valeur et sa véracité viendront un jour faire valoir le vigilant et le vertueux. En vérité ce velouté de verbiage vire vraiment au verbeux, alors laisse-moi simplement ajouter que c'est un véritable honneur que de te rencontrer. Appelle-moi V.»
Le scénario regorge de références piochées dans l’Histoire, dans les classiques de la littérature et du théâtre, dans la musique,… On retrouve, dans le désordre, Shakespeare (Macbeth, La nuit des rois), Dickens (Un chant de Noël), Goethe (Faust), Alexandre Dumas (Le comte de Monte-Cristo), Tchaïkovski, Beethoven (symphonie n°V), des passages de la bible, des références au régime nazi… Des œuvres picturales apparaissent en arrière plan dans plusieurs scènes (Vermeer, Giacometti, statut de Don Quichotte, référence à Andy Warhol…). Même après avoir vu le film plusieurs fois, il reste encore des choses à découvrir !
UN SCENARIO COMPLEXE ET PASSIONNANT
Le scenario, complexe, joue avec les flash-backs qui permettent, peu à peu de faire remonter le passé des différents personnages: les choses s’éclairent au fur et à mesure que la vérité refait surface. Le spectateur reconstruit le puzzle de l’histoire grâce aux indices et aux bribes du passé qui s’ajoutent petit à petit. Le rythme de l’histoire va en s’accélérant et plus la fin approche, plus la vérité se dévoile et plus les coups de théâtre se succèdent jusqu’à l’explosion finale.
Pourtant, si le spectateur est amené à être bien réveillé s’il veut tout suivre, ce petit exercice est plutôt agréable et on se laisse vite prendre au jeu du suspense !
Enfin, le film parvient parfaitement à mêler plusieurs styles: à la fois enquête policière, film d’anticipation, utopie politique, histoire d’amour, il offre un divertissement complet !
UN FILM A L’ESTHETIQUE SOIGNEE
Qu’il s’agisse des décors ou de la bande son, le film, du début à la fin, témoigne d’une recherche esthétique évidente.
Les sons sont étudiés (comme les bruits de pas dans la ville silencieuse des deux personnages principaux au début, ou le passage dans lequel V glisse sur le toit de l’église) et coordonnés avec la musique.
Les décors jouent sur l’esthétique (vues de la ville la nuit, gros plan sur les gouttes de pluie, rues envahies par le flot de gens masqués, refuge chaleureux de V envahi de livres et d’œuvres d’art…) et sur des images récurrentes, principalement le V (explosions, scène des dominos,…) mais aussi les roses rouges ou les différents symboles du pouvoir. Ils instaurent un contraste entre des ambiances chaleureuses et rassurantes pour évoquer des moments heureux et des ambiances très sombres et froides dans les passages les plus dramatiques.
LE POUVOIR DU MASQUE (!)
V dans sa tenue de soirée !
Hugo Weaving, dont on ne voit jamais le visage, caché par le masque à l’effigie de Guy Fawkes, se livre avec succès à un exercice périlleux. Si on est surpris au début par ce masque souriant et cette perruque à frange un peu ridicule, on se rend compte, au fur et à mesure que le film avance, que grâce seulement à la gestuelle et la voix, le masque figé semble prendre vie et refléter des sentiments différents. Cette impression est si forte qu’on en vient même à se demander si c’est bien toujours le même masque qui est utilisé, tellement les différentes scènes nous entraînent à projeter sur le masque les expressions très variées que l’on prête au personnage !
UN FILM SOMBRE ET VIOLENT AU MESSAGE POSITIF
V pour Vendetta est en effet un film à message. Un message qui, pris au premier degré, peut être perçu comme choquant: la violence peut être utilisée pour atteindre le bien et la justice ; un acte de terrorisme, soutenu par le peuple, peut «changer le monde».
Outre cet aspect un peu simpliste du film et quelques scènes assez violentes et discutables bien qu’elles soient indispensables à l’histoire (manipulation et torture d’Evey par V), le message délivré est profondément positif et optimiste.
Il dépeint une société sous l’emprise d’un régime totalitaire et montre comment, en se laissant guider par la terreur et en érigeant la sécurité comme objectif prioritaire, les citoyens sont les principaux responsables de la situation dans laquelle ils vivent. Ce régime de la terreur est un mélange de régime hitlérien (symboles, discours du chancelier, extermination ou déportation des individus jugés nuisibles – homosexuels, étrangers, opposants politiques –, existence d’une police spéciale,…) et de société moderne sécurisée qui aurait atteint ses limites (caméras de surveillance, propagande par des médias techniquement très sophistiqués mais au service du seul pouvoir,…).
Pourtant, en partant de cette sombre image de ce vers quoi pourrait mener l’évolution de notre société, le film met en avant un message positif: tout d’abord, il fait de son héros un personnage cultivé, amateur d’art, tolérant,… mais surtout, il montre comment le peuple peut se réveiller de sa torpeur et reprendre le pouvoir sur ses dirigeants. Un des messages principaux du film est d’ailleurs: "Les peuples ne devraient pas craindre leur gouvernement, c'est le gouvernement qui devrait craindre le peuple..."Tous ces aspects font de V pour vendetta un film profondément original, surtout dans la catégorie «grand public à gros budget». On ressort de la salle avec l’envie de le revoir (ce que j’ai déjà fait plusieurs fois en découvrant à chaque fois quelque chose qui m’avais échappé !).
C’est un super divertissement alliant émotion, suspense et humour, un plaisir esthétique pour les yeux et les oreilles, un exercice stimulant pour le cerveau (!), et aussi une occasion de se poser pas mal de questions sur les évolutions de la société. Personnellement, je n’ai pas vu beaucoup de films qui étaient tout ça à la fois !Marie