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Chronique de... Marie-Ameline datant du 1er Décembre 2005:

Marie-Ameline

MAB

Présentation de Marie par Ryad:

On l'appelle Marie, elle a 21 ans, elle veut travailler dans la communication et le journalisme. En ce moment, elle passe son année de mobilité de l'IEP à Vancouver au Canada (et oui elle n'a pas choisi la proximité !). Mais à cette occasion, elle va pouvoir nous faire des critiques de films étrangers qui ne sont pas forcément diffusés en France, et surtout des critiques de films pas encore arrivés (productions américaines majoritairement...).

Marie écrit très bien, elle a son style à elle, un style de qualité quand elle s'applique ! D'autre part, c'est une fille sérieuse qui aime profiter au maximum de son temps. Elle a également le goût de la littérature et adore écrire !

Aujourd'hui, elle nous propose sa critique sur le film Va, vis et deviens de Radu Mihaileanu, un réalisateur roumain...

 

Va, vis et deviens

Réalisateur: Radu Mihaileanu
Interprètes: Yaël Abecassis (Yaël), Roschdy Zem (Yoram), Moshe Agazai (Schlomo enfant)
Date de sortie: 30 mars 2005
Genre: Drame
Durée: 2h23
Nationalité: France

 

 

     “ 1984, une terrible sécheresse frappe l’Éthiopie ”, ces quelques mots du narrateur plaqués sur les premières images du film, ouvrent cette fresque et sonnent au premier abord comme un rappel historique.
      Rappel historique ? Pas sûr, qui connaît “ l’opération Moïse ”, sans doute un épisode de plus dans la tragique histoire des pays d’Afrique noire, non, pas n’importe quel épisode.
      Fresque historique qui appartient au passé ? Pas tant que ça, ce thème ne s’inscrit-il pas en fait dans notre actualité par bien des aspects ?

     Radu Mihaileanu s’attaque en effet magnifiquement à ce sujet pour en faire non pas une fresque historique mais un film bouleversant, plein d’espoir même si le  point de départ, une Éthiopie rongée par un fléau, n’inspire guère ce sentiment à première vue.

       En 1984, alors que la sécheresse fait rage en Éthiopie, des milliers de juifs éthiopiens se retrouvent parqués dans des camps, en proie à la famine. Israël décide d’emmener ces  juifs éthiopiens vers Israël qui se présente alors comme une nouvelle terre promise pour ces milliers de juifs. L’opération Moïse,  dont le nom retentit  comme un espoir débute alors.
       Parmi ces réfugiés, une mère chrétienne pousse son fils de neuf ans à se déclarer juif pour le sauver de la mort.
Alors qu’il s’éloigne, elle lui ordonne et à la fois l’implore: “ Va vis et deviens…… et ne reviens pas ”. Ces derniers mots, l’enfant les emporte avec lui en même temps qu’un double secret avec qui il devra grandir et composer sa vie, il n’est ni juif ni orphelin. 
        Cet enfant évolue alors sur une période de vingt ans, de son  arrivée en Terre Sainte, où il est déclaré orphelin, à son adoption  par une famille française séfarade vivant à Tel-Aviv, on le voit successivement et parallèlement devenir un occidental, un israélien, un israélite, un français.
 Est-ce ce devenir que sa mère avait espéré ? Une chose est sûre, cet enfant a survécu,  est “ devenu ” et vit.  Mais à l’encontre des paroles de sa mère, il reviendra…

        A travers cet enfant, c’est un  film plein d’émotion qui nous est présenté, au rythme de cordes résonant au fil des maux et interrogations de l’enfant.
Un sujet délicat ici, que l’auteur aborde avec un regard plein d’humanité et d’espoir, et qui se développe tendrement autour d’une histoire d’amour subtilement glissée, qui rend le film d’autant plus émouvant. La  boucle, en ce qui concerne tous les problèmes que ce jeune éthiopien va devoir affronter, est alors habilement bouclée: de l’arrivée en terre étrangère à  la découverte d’une nouvelle religion, ce jeune éthiopien saura ainsi faire face à ce brassage de cultures avec dextérité et délicatesse pour s’inventer son propre destin.
Cet étranger devra en effet découvrir et se construire une identité que tout le monde croit sienne. Comment alors la bâtir  dans un pays qu’on ne connaît pas, avec des racines que les autres ne connaissent pas mais pensent qu’elles sont les vôtres et que soi même on doit apprendre et faire siennes ? Ce mélange n’est toutefois pas impossible et c’est ce que montre le réalisateur ici. Une magnifique leçon de vie, où l’Afrique semble pouvoir se conjuguer avec espoir.

         Une question de ressenti ici, c’est l’émotion des images qui suscite l’interrogation…même pas…. l’espoir plutôt, on se laisse bercer. A travers ce film, tout semble être possible, l’auteur ne dénonce pas, c’est aux sentiments qu’il s’adresse et ça marche.
Un seul constat, qui peut toutefois susciter réflexion : cette réussite ne semble pas irréaliste, c’est beau, mais pas fantaisiste. On se dit alors mais pourquoi pas, pourquoi de tels destins ne seraient pas possibles ?

En un mot c’est poignant !

 

A voir en VO, ne pas manquer ce mélange de langues qui, au même titre que la musique, fait écho à ces différentes cultures et religions et retracent les différentes étapes de la construction de l’identité de l’enfant.

Présenté au Festival de Berlin dans le cadre du Panorama, Va, vis et deviens a reçu les deux principales récompenses de cette section : le prix du jury et le prix du public. Et plus récemment, le public vancouverois lui  a décerné son premier prix dans la catégorie “ films étrangers ”, lors du Festival International du Film de Vancouver, un succès et une reconnaissance mondiale !


Film disponible en DVD depuis le 12 novembre 2005.

MAB

 

 


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