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Chronique de... Le Monde datant du 1er Septembre 2007:

Journal Le Monde

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Présentation du Journal Le Monde, par Ryad:

Récemment, la direction du quotidien français Le Monde a changé. Jean-Marie Colombani a été remplacé par Eric Fottorino, devenu le nouveau Directeur du Monde. Pierre Jeantet a quant à lui hérité du titre de Président du directoire et directeur de la publication.
Cela dit, je voudrais vous faire partager un très bon article de Jean-François Rauger sur le cinéma des arts martiaux. Paru dans l'édition du 5 août 2006, cet article retrace brièvement mais très justement l’évolution de ce cinéma d’arts martiaux.

 

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Le cinéma des arts martiaux


Autrefois la critique méprisait les films-karaté. Aujourd'hui le combat à mains nues s'est imposé, avec Ang Lee, Yang Zhimou ou Tarantino, à Hollywood comme ailleurs.

Il fut un temps, aujourd'hui lointain, où les salles de quartier indépendantes des grands circuits d'exploitation, vaisseaux antédiluviens, majestueux et crasseux à la fois, présentaient deux films pour le prix d'un, films de séries B, productions à petit budget. Elles s'étaient parfois spécialisées dans un genre précis, en fonction des engouements du public, formant un marché parallèle, protéiforme, riche en surprises de tout genre. Il y eut l'érotisme, le péplum, l'épouvante, le western italo-espagnol et, du début des années 1970 jusqu'au milieu des années 1980, les films d'arts martiaux asiatiques, films de sabre (wu xia pian) ou de kung-fu. La critique mit longtemps à s'y intéresser et désignait alors ces films sous le vocable fallacieux et méprisant de films-karaté, pendant qu'un public qui ne se souciait guère d'évaluations esthétiques se précipitait régulièrement pour savourer les exploits de stars asiatiques dont il ignorait, à quelques remarquables exceptions près, le nom.

Aujourd'hui, le cinéma d'arts martiaux est reconnu pour son importance historique et sa valeur cinéphilique. Quelques universitaires un peu plus audacieux que les autres en ont fait le terrain d'une nouvelle forme d'analyse esthétique, construite sur les figures et l'énergie des corps en action. De fréquentes rééditions en DVD des classiques du genre viennent lui redonner une actualité perpétuelle. Mais l'idée même des arts martiaux comme pratique et comme philosophie, pourrait-on dire, s'est imposée. Ce cinéma a transformé mondialement les séquences de combats à mains nues, la manière dont celles-ci font l'objet d'une stricte chorégraphie dans des oeuvres qui ne relèvent pas du genre. Il a imprégné de nombreuses productions hollywoodiennes.

Comment un cinéma qui s'est créé loin d'Hollywood est-il devenu universellement populaire ? Cinéphile et cinéaste, Christophe Gans, le réalisateur du Pacte des loups et de Silent Hill, est de ceux qui se sont emparés des figures du genre pour les transposer. Pour lui, «Hollywood s'est forcément intéressé à tout un public amateur de culture populaire, de musique, de séries B (de ce que l'on a appelé en France le cinéma bis), de bandes dessinées. Il y a notamment un lien fort entre le cinéma de blaxploitation [films avec des héros noirs destinés à la communauté noire] et le cinéma de kung-fu. C'est le public des minorités, émigrées ou non, du monde entier qui se reconnaît dans le cinéma chinois d'arts martiaux et s'identifie face à une majorité blanche. Il y a à la fois la revanche d'une culture populaire et la récupération de celle-ci par l'industrie qui l'étouffera sous trop d'amour.»

Tout s'est passé en quelques mois. La découverte en Occident du cinéma de kung-fu ne s'est pas faite grâce à l'audace de distributeurs indépendants (même si Du sang chez les taoïstes, un des premiers films de sabre chinois distribués à Paris le fut, en 1971, par une petite société). En 1973, les filiales françaises de deux majors hollywoodiennes font preuve de flair: la Warner distribue en France La Main de fer, de Chung Chang-wa, et United Artists sort La Rage du tigre, de Chang Cheh, deux fleurons produits par la compagnie de Hong Kong Shaw Brothers. Leur succès engendra l'invasion irrésistible des écrans des salles de quartier par des productions asiatiques, majoritairement de Hong Kong, même si pouvaient se glisser des films taïwanais, japonais, philippins ou coréens dans le raz de marée qui allait suivre. Le karatéka japonais Sonny Chiba, moins connu en France qu'aux États-Unis, fait un tabac auprès du public noir américain.

Il est impossible de comprendre cette popularité si l'on n'évoque pas la figure légendaire de Bruce Lee. Acteur-enfant dans les studios de Hong Kong, Bruce Lee était parti s'installer aux États-Unis en 1957 avec l'espoir de faire carrière dans le cinéma. Il enseigne le jeet kun do, une variété de kung-fu épurée dont il est le créateur, à des acteurs comme Steve McQueen ou James Coburn. Il apparaît dans quelques films (La Valse des truands, de Paul Bogart), joue un rôle de faire-valoir dans un feuilleton télévisé (Le Frelon vert) et attend un vedettariat qui n'arrive pas.

Le succès du cinéma d'arts martiaux donne l'idée aux dirigeants de Warner Television de créer une série télévisée, «Kung-fu». Pour incarner le héros, on préfère David Carradine à Bruce Lee. Ce dernier retourne à Hong Kong, où il enchaîne, pour le producteur Raymond Chow, trois films, Big Boss, La Fureur de vaincre et La Fureur du Dragon, que l'on découvrira en France grâce au distributeur-exploitant René Chateau. C'est le succès au box-office et la gloire. Bruce Lee devient une icône. Sa gestuelle incroyablement érotique allie harmonie, brutalité et efficacité. L'Amérique le réclame.

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La Fureur de vaincre, l'un des films cultes de Bruce Lee.

Opération Dragon, produit par la Warner, réalisé par Robert Clouse, sera le film de l'adoubement suprême, de l'intégration par Hollywood du cinéma d'arts martiaux. Etrange objet un peu hybride, où les conventions chorégraphiques du kung-fu se mêlent à diverses péripéties feuilletonesques qui évoquent les films de James Bond, le film est une synthèse habile: le héros chinois (Bruce Lee) y est secondé par un karatéka blanc (John Saxon) et un Noir (la vedette de la blaxploitation Jim Kelly). La mort prématurée de Lee, le 20 juillet 1973, en fait une légende.

Alors que, dans la deuxième partie des années 1970 et dans les années 1980, la production de Hong Kong bat son plein, que s'affirment des cinéastes et chorégraphes comme Chang Cheh ou Liu Chia Liang, que John Woo fait ses débuts, on assiste aux États-Unis à la revanche des «petits Blancs»: Chuck Norris (adversaire de Bruce Lee dans La Fureur du Dragon), Jean-Claude Van Damme puis Steven Seagal font désormais régner l'ordre dans des productions qui apparaissent comme autant de revanches faiblardes face à la force du cinéma chinois.

Les inventions chorégraphiques des arts martiaux vont demeurer, s'exporter dans des productions hollywoodiennes d'action où l'on n'imaginerait pas qu'une bagarre ne soit pas désormais stylisée. «Comme on ne peut plus filmer une voiture de la même façon après Mad Max, on ne peut plus filmer des bagarres comme avant Bruce Lee», affirme Christophe Gans. Des producteurs comme Joel Silver, amateur de films d'arts martiaux, imposent cette nouvelle manière de se battre. L'Arme fatale 2, avec Mel Gibson, en 1988, se conclut par un brutal combat à coups de poing et de pied influencé par le cinéma d'arts martiaux. Il embauche l'acteur Jet Li dans L'Arme fatale 4.

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Fameuse scène de film d'arts martiaux où l'acteur court sur un mur vertical pour se retrouver derrière son ennemi !


Arrive le temps des transferts et des hybridations. Les acteurs Jackie Chan ou Jet Li font des films à Hollywood. L'actrice Michelle Yeoh tient un des rôles principaux dans un James Bond, Demain ne meurt jamais, en 1997. La série des «Matrix» des frères Wachowski, mixture de science-fiction, de bande dessinée, de jeux vidéo et d'arts martiaux, bénéficie du concours du chorégraphe et cinéaste Yuen Woo-ping. En France, Christophe Gans introduit le kung-fu dans la France du XVIIIe siècle avec Le Pacte des loups et son personnage d'Indien incarné par Mark Da Cascos, vedette de nombreuses séries B d'action aux États-Unis.

Dorénavant, l'image des arts martiaux au cinéma semble avoir évolué dans plusieurs directions. Il y aurait comme un hypothétique retour à une pureté originelle se traduisant par des oeuvres «cartes postales», objets exotiques pour touristes ayant vocation à une diffusion mondiale, comme Tigre et Dragon d'Ang Lee, succès produit en 2000 par la Columbia, ou les films de Zhang Yimou comme Hero (2002) ou Le Secret des poignards volants (2004). Avec Kill Bill, en 2004, Quentin Tarantino, grand amateur de séries B asiatiques, rend hommage à ce cinéma en additionnant des vignettes pop, détachées de leur histoire et exposées dans un souci indécidable d'affection et de dérision. Alors que ce qu'il reste de plus intéressant dans le cinéma de Hong Kong, notamment les films de Johnny To, semble opter pour un réalisme très différent des parti pris du cinéma de kung-fu de l'âge d'or, l'évolution des effets spéciaux à Hollywood semble désormais sonner le glas d'un certain esprit des arts martiaux au cinéma.

Y a-t-il eu une pureté d'origine du cinéma de kung-fu qui se serait perdue ? Cette idée est rejetée fort justement par Christophe Gans. «La Rage du tigre et La Main de fer, deux titres-phares de l'âge d'or, ont été faits par des gens qui avaient vu les westerns italiens, dont ils pompaient des idées.» On se souvient que les premiers westerns de Sergio Leone étaient ouvertement influencés par les films de sabre d'Akira Kurosawa. Lequel avouait, en son temps, son admiration pour le cinéma de John Ford. Eternel recyclage.

Jean-François Rauger



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