Accueil FPN !Actus Ciné, Box-Office, Guide T.VChroniques de... La rubrique ouverte du site !Critiques de films par Alexis & RyadVenez signer notre Livre d'Or !Présentation des membres du site...Divers Liens autour du cinéma...

 

 

Chronique de... Damien datant du 1er Juillet 2007:

Damien

Damien

 

Présentation de Damien, par Ryad:

Damien a 21 ans et a encore toutes ses dents ! Il alterne joyeusement entre ses études en master de communication à Lille, sa passion pour la musique, et sa passion pour le cinéma. Il aime rigoler avec les guichetiers et guichetières de son cinéma fétiche, et adore faire des blagues pendant les publicités comme en criant "Bon Film à Tous" lorsque la lumière s'éteint !
C'est en lisant ses critiques de films sur Allociné que j'ai connu Damien ! Drogué avec Tarantino depuis son plus jeune âge, il vénère le cinéma artistique indépendant américain (ou anglais). Je lui ai alors proposé d'écrire une chronique sur son réalisateur préféré ! Aujourd'hui, il a choisi d'écrire une critique sur le dernier film de Tarantino: Boulevard de la mort.

 

Boulevard de la mort

Boulevard de la mort

Titre original: Grindhouse: Death Proof
Réalisateur: Quentin Tarantino
Interprètes: Kurt Russell (Stuntman Mike), Rose McGowan (Pam), Zoe Bell (Zoe)...
Date de sortie: 06 juin 2007
Genre: Epouvante-Horreur
Durée: 1h50
Nationalité: États-Unis

Voir la Bande-Annonce

 

Le 6ème film de Quentin Tarantino a suscité quelques polémiques outre atlantique. Pourtant il y a, dans ce projet, l'essence de tout l'amour du cinéma que porte son immense réalisateur. Tout l'art d'une réalisation non conventionnelle, personnelle, est remarquablement artistique.
Qui d'autre aurait eu l'audace de se présenter fièrement au traditionnel et convenu Festival de Cannes avec un poulain comme Death Proof: un film de gros durs (et grosses dures aussi), de bagnoles, de bars, de poursuites, de cascades et d'explosions. Quentin Tarantino arrive avec un ovni rock'n'roll, nostalgique des Seventies: le moteur chauffe, le moteur ronronne, et la voiture démarre !

Quentin Tarantino et Vanessa Ferlito

Quentin Tarantino et Vanessa Ferlito pendant le tournage.

Death Proof ou Boulevard de la mort en Français (nom fortement apprécié du réalisateur) est un film Grindhouse en partenariat avec Robert Rodriguez. Apparus dans les Années 60-70, ces vieux cinémas miteux programmaient à la suite deux films de «série Z» pour le prix d'un, entrecoupés de bandes annonces. Violence, sexe et horreur au programme, pour brûler quelques neurones et vivre un intense moment cinématographique dans ces vieilles salles poussiéreuses où l'on savoure avec délice le crépitement de la bobine en bouffant son pop corn bruyamment.
Ces furieux cinéphiles historiens géniaux que sont Rodriguez et Tarantino ont soufflé l'idée lumineuse de ressusciter cette époque du Grindhouse en réalisant chacun un film de 75 minutes, entrecoupé de fausses bandes annonces dirigées par des réalisateurs connus et reconnus collant parfaitement à cet univers décalé. (Roméro et Rob Zombie, pour n'en citer que deux).
Le public américain, adepte du cinéma assisté, de la réalisation invisible et du premier degré n'a pas joué le jeu. C'est donc séparés que les deux concepts arrivent dans les salles obscures européennes, dans leur version rallongée.

Tarantino arrive en premier avec un Death Proof explosif sous le capot. Comme à son habitude derrière un scénario épuré et décalé, se cache toute la virtuosité d'un réalisateur amoureux du cinéma.

Dans un Texas brûlant et démodé, un groupe de copines flambeuses, allumées et fringuées dans la pure tradition des années 70 font la tournée des bars de la ville, provocantes, insolentes et suivies par un redoutable cascadeur balafré: «Mike la cascade» et son indestructible bolide que le son du moteur et l'immense tête de mort rendent terrifiant.

Kurt Russell dans son bolide

Kurt Russell au volant de son puissant bolide.

Simple, efficace, et profondément jouissif, le scénario tient ses promesses.
Mais derrière l'apparente simplicité scénaristique, se cache une judicieuse stratégie narrative qui surprend et tient en haleine le spectateur passif qui n'est, incontestablement, pas là pour se creuser les méninges à essayer de comprendre les rouages de l'histoire. En effet tout est finement pensé pour laisser aux néophytes pragmatiques un semblant de crédibilité. Ainsi Mike, cascadeur suicidaire, tue simplement par le biais de sa terrifiante voiture noire et choisit au préalable de jeunes proies ivres et stônes qui accentuent, aux yeux des enquêteurs, la thèse de l'accident de voiture, laissant ainsi l'ingénieux cascadeur libre de hanter à sa guise et sans raison, les longues routes américaines.
 
L'histoire est séparée en deux parties distinguées par un traditionnel «quatre mois plus tard». Les femmes ne sont évidemment pas les mêmes dans la première et la deuxième partie, ce qui donne un certain équilibre à l'ensemble. Le sentiment de voir deux films en un («Un Grindhouse dans le Grindhouse»). Génial Tarantino qui pousse son hommage jusqu'au bout.

Tarantino

Tarantino, un jeune maître dans l'art de la réalisation.

Mais ce qui fait le charme et la qualité de l'oeuvre, ça n'est pas tant l'histoire que son extraordinaire réalisation, faisant de ce film de série Z-Z un petit monument qui confirme le style personnel du réalisateur en poussant la ressemblance avec les séances de l'époque à son paroxysme, afin de nous faire aimer ce que l'on trouve lamentable: des rayures et du flou sur les images, des scratchs sur le son, des erreurs de calages, des problèmes de rythme dans les raccords... tout est finement retranscrit pour susciter cette profonde nostalgie de films que beaucoup d'entre nous n'ont même pas connus.

Le moteur du réalisateur tourne plein pot. Les plans centrés, les angles peaufinés, la succession de séquences inoubliables presque chapitrées tellement elles se démarquent, au point que l'on pourrait les nommer (la danse, la station service, la poursuite, le final...). Moins poussés que dans Kill Bill, les effets visuels sont toujours autant légitimes: montage explosif en guise de prologue, passage au noir et blanc... Tarantino s'amuse, oublie les conventions et casse l'univers des producteurs hollywoodiens et leurs valeurs lissées «tout public», allant même jusqu'à nous jeter au visage un hommage à son propre Kill Bill tellement flagrant au point de faire hurler la salle de rire et d'acclamation. Humour décalé on ne se prend pas au sérieux et pourtant le film est bel et bien conduit par un cascadeur du 7ème art, qui prend tous les risques possibles pour repousser ses propres limites.

Les acteurs ne sont pas en reste non plus, magistralement dirigés ils puisent leur démesure dans l'excellence des dialogues (sans surprise) toujours aussi anodins et tellement crédibles: anecdotes sur anecdotes dévoilant la psychologie et la personnalité de chaque protagoniste, humour poignant dans le phrasé et charisme absolu pour Kurt Russell (l'oublié du cinéma) qui prouve l'étendu d'un talent soupçonné depuis son magistral rôle de Snake Plisken dans New York 1997. Redoutable dans la première partie, aussi attachant qu'effrayant, il suscite le fantasme et la peur et fait preuve d'une extraordinaire présence dans chaque scène (tellement marquant qu'il fallait le souligner). La deuxième partie est le contre emploi parfait, à mourir de rire tellement le décalage est radical: tout en restant lui même il devient peureux, faiblard, humain. Clin d'oeil à la caméra, pleurs de «gonzesse». Sa virilité sort sèchement du pot d'échappement de sa voiture polluant la caméra d'un arôme inattendu. Le public est surpris mais le public est conquis.

Quentin Tarantino (à gauche) et l'acteur Kurt Russell dans le rôle du méchant.

Quentin Tarantino (à gauche) et le grand acteur Kurt Russell dans le rôle du méchant.

Les 8 filles, autres héroïnes de l'histoire représentent un des sujets de prédilection de Sir Quentin. Après Jackie Brown et Kill Bill, la femme a une nouvelle fois le beau rôle chez Tarantino. Toujours stéréotypée mais jamais clichée, elle crée chez le spectateur mâle le fantasme parfait et chez la spectatrice la référence absolue. Femmes fortes, uniques, puissantes, éblouissantes, affirmées et vengeresses, on admire leur personnalité autant que leur physique, et notamment à travers l'apologie de leurs pieds offerte par un Quentin fantasque. On les dévore, on les craint, on les envie. Toutes égales en talent, mention spéciale tout de même à la cascadeuse qui joue son propre rôle dans le film et qui aura fait frôler l'arrêt cardiaque à une grande partie du public.

Sydney Tamiia Poitier

Sydney Tamiia Poitier dans le rôle de la ravissante Jungle Julia.

Avant de passer la ligne d'arrivée, il faut terminer par la dimension musicale du film, si chère au réalisateur. Dans les tonalités de ses autres films, la musique est marquée et l'on se demande si certaines scènes n'ont pas été filmées à partir des morceaux choisis (comme ce fut le cas pour le duel entre Black Mamba et O-ren Ishii dans Kill Bill). La musique influence nos sentiments, on sourit, on panique, on rigole, on profite... très dynamique, c'est le CD parfait pour les épopées en voiture avec des amis. Un remix rock de Gainsbourg (Chick Habit de April March) pour soutenir le générique et pour scotcher le spectateur à son siège qui y restera définitivement jusqu'à ce que l'écran devienne blanc.

1h50 de souvenir, de nostalgie et de surprise, 1h50 de plaisir et d'émotion, 1h50 d'admiration et de réflexion, 1h50 de cinéma, 1h50 de Quentin Tarantino... attachez vos ceintures !!

Damien


-
Remonter tout en haut