Chronique de... Constance datant du 1er Janvier 2007:
Constance
Présentation de Constance par Ryad:
Constance ouvre le bal de cette nouvelle année en nous offrant une belle chronique du film Dans Paris.
Originaire de Toulon, cette jeune fille de 21 ans est en 4ème année de sicence po à l'IEP de Toulouse. Passionnée de cinéma, elle souhaite en faire son métier en devenant critique de film !
Constance adore le théâtre et l'a longtemps pratiqué. Elle s'amuse souvent à faire des imitations et des récitations de jingles de pubs ou de dialogues de films ! Sa passion pour le septième art découle ainsi tout naturellement du goût qu'elle porte pour l'art et la littérature.
Aujourd'hui, elle souhaite partager avec nous ses émotions autour d'un film qui l'a marquée. Ca se passe «Dans Paris»...
Dans Paris
Réalisateur: Christophe Honoré
Interprètes: Romain Duris (Paul), Louis Garrel (Jonathan)
Guy Marchand (Mirko), Joanna Preiss (Anna)
Alice Butaud (Alice), Marie-France Pisier (la mère)...
Date de sortie: 4 octobre 2006
Genre: Comédie dramatique
Durée: 1h32
Nationalité: France
Dans Paris a été présenté au dernier Festival de Cannes dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs, festival indépendant de la compétition officielle. Le film nous donne à voir, avec finesse et ironie, les membres d’une famille confrontés à la tristesse d’un des leurs.
La rupture, prologue douloureux mais nécessairePaul et Jonathan (Romain Duris et Louis Garrel) ; deux frères réunis à Paris après le départ impromptu de l’aîné, Paul, pour une expatriation d’un an en province avec son amie Anna.
Paul et Anna s’aiment sans parvenir à se communiquer leur amour, leurs attentes restent insatisfaites et leurs désirs inassouvis. Il leur est difficile de parler sans élever la voix, d’être avec l’autre sans le blesser, mais surtout de l’écouter et donc de comprendre ses attentes.
Paul souffre de son manque de certitude sur l’amour qu’Anna lui porte, Anna ne parvient pas à combler ce manque par des paroles simples, leur histoire prend fin.
C’est anéanti que Paul rentre «Dans Paris» chez son père Mirko, où vit son frère Jonathan.
La difficulté d’écouter les gens qu’on aimeAu-delà de la solitude humaine et de la description de personnages qui se voient sans se regarder présente dans beaucoup de films actuels, (le plus parlant reste Selon Charlie de Nicole Garcia), ici le thème central est celui de la difficulté d’écouter les gens qu’on aime et de tolérer leur peine.
Comme le précise le narrateur, Jonathan, au début du film, la devise de la famille concernée dans le film (où il est impossible de parler sans être interrompu) pourrait être: «Prends la peine d’ignorer la tristesse des tiens». La plupart du temps malgré, mais aussi à cause de notre amour pour eux, nous essayons de les extraire de leur désespoir, malgré eux, sans les laisser s’épanouir comme ils le voudraient dans leur solitude et leur chagrin.
Divine solitude…Désespéré par sa rupture avec Anna, et à l’approche de Noël, Paul réintègre donc la cellule familiale, où il espère naïvement trouver la solitude et la tranquillité dont il a tant besoin. C’est sans compter avec les bonnes intentions de son père qui voudrait voir son fils sortir de sa torpeur (et de son lit par la même occasion).
Maladroitement Mirko (le père), Jonathan, puis la mère des deux garçons tentent d’aider, à leur manière, Paul. Encouragé à se couvrir pour ne pas attraper froid, à manger pour ne pas tomber malade, (le dilemme entre la sole ou le bouillon de poule pour le déjeuner est particulièrement savoureux) et à parler pour ne pas s’enfermer dans un mutisme jugé dangereux, Paul est exaspéré par ses intrusions dans sa divine solitude.
A l’image de son portable qu’il fait volontairement tomber du balcon de l’appartement ou du disque de Kim Wilde (visiblement une des chansons phares de son adolescence), qu’il écoute tout en se trémoussant, Paul n’aspire qu’à perpétuer seul le souvenir de son passé proche et lointain. Tandis que les autres personnages pensent à l’avenir immédiat, notamment à l’installation du sapin de Noël dans le salon.
Le retour du lien familialDe son côté Jonathan, séducteur invétéré, (pas moins de trois conquêtes en un jour), se voit reprocher son égoïsme par son père et son indifférence à l’égard de son frère.
Tout en s’inquiétant réellement pour Paul, Jonathan souhaite lui laisser vivre sa dépression nerveuse en paix. Paradoxalement c’est peut-être lui qui a le mieux compris les aspirations de son frère. A la fois narrateur et électron libre du film, Jonathan est dans une fuite en avant, en perpétuel mouvement dans ce Paris où il voudrait que son frère le rejoigne.
Néanmoins c’est finalement les maladresses de chacun des membres de la famille qui sauveront Paul d’une certaine façon. En effet peu à peu le personnage s’ouvre, il rit avec sa mère, reste hilare quand son père le gifle, relit à son frère une histoire d’un livre d’images qu’il lui avait offert il y a longtemps… Il renoue à sa manière le lien familial que chacun essayait de tisser avec lui depuis son retour.
Mais c’est au moment où l’intimité familiale reprend ses droits qu’on apprend que les parents sont séparés, et que Jonathan et Paul avaient une sœur, Claire, qui s’est suicidée douze ans auparavant. Claire, l’absente, la tristesse incarnée et la seule personne à qui Paul voudrait confier ses malheurs…
«Dans Paris», atmosphère et acteursMême si le thème du film, (comment comprendre et respecter la douleur d’un fils ou d’un frère ?), ne s’y prête pas, on rit beaucoup «Dans Paris», les acteurs comme les spectateurs.
D’autre part, le film est traité également au travers de chansons, et de quelques pantomines qui accentuent ce regard tendre porté sur une famille comme les autres.
Le comique du film doit beaucoup à Guy Marchand, père maladroit et touchant, et à Louis Garrel, pour la désinvolture du personnage qu’il incarne, (le moment où il se jette dans la Seine simplement pour imiter son grand frère et revenir trempé chez eux est irrésistible).
Romain Duris semble à contre-emploi, dans ce film où la douleur intérieure de son personnage prime pour une fois sur la nervosité et la violence des rôles qu’il a pu tenir auparavant, il ne parle pas beaucoup mais reste la pierre angulaire du film.
Dans Paris est à la fois tendre, profond et empreint d’une grande spontanéité, pas étonnant quand on pense que les rôles des deux frères ont été écrits tout spécialement pour les deux acteurs et que le film a été tourné en un mois…
A voir absolument !!Constance