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Chronique de... Anne datant du 15 Avril 2006:

Anne

Anne

 

Présentation de Anne par Alexis:

J'ai connu Anne en octobre 2005 au Gate, bar dansant toulousain, où elle était serveuse. Souriante, sociable et d'emblée sympathique. Elle exerce désormais ses talents au De Danu, pub irlandais.
Anne a des goûts cinématographiques éclectiques, tendant généralement vers la qualité mais s'égarant parfois, notamment lorsqu'elle s'évertue à faire croire aux gens que le dernier film de Guy Ritchie, Revolver, n'est pas loin d'être un chef-d'œuvre. Anne est une fille pleine d'humour.
Agée de 24 ans, elle est en deuxième année de Langues Etrangères Appliquées mais elle a un projet précis en tête: s'installer en Irlande. Elle adore ce pays, sa culture, sa mentalité (elle a bien raison !), et s'intéresse à son histoire, ce qui lui a donné l'idée de nous écrire un article sur le film Bloody Sunday.

 

Bloody Sunday

Bloody Sunday

Réalisateur: Paul Greengrass
Interprètes: James Nesbitt (Ivan Cooper), Tim Pigott-Smith (Général Ford), Nicholas Farrell (Général McLellan), Gérard Crossan (Eamonn McCann), Mary Moulds (Bernadette Devlin)…
Date de sortie: 30 octobre 2002
Genre: Comédie dramatique
Durée: 1h47
Nationalité: Grande-Bretagne, Irlande

 

Lorsque Alexis m’a demandé d’écrire un article pour le site, je me suis tout d’abord demandée s’il était sérieux et lorsque je me suis rendue compte que oui, je me suis alors posé la question du sujet sur lequel je pourrai bien écrire…Ca ne m’a pas pris bien longtemps pour avoir la réponse.
En effet je suis passionnée par l’Irlande, seulement comme son nom l’indique «Filmspournous» n’est pas un site de voyages mais bel et bien (et surtout très bien) un site sur le cinéma, il a donc fallu que je trouve une ruse pour parler malgré tout de ce pays que j’aime tant tout en parlant de cinéma. Je ne vous ferai pas voyager dans les landes irlandaises ou encore dans ce cher Connemara mais dans les rues de Derry pour vous parler d’un film qui m’a marqué et qui retrace une journée sanglante en Irlande du Nord. Je veux bien sûr parler du Bloody Sunday.

Bloody Sunday de Paul Greengrass retrace donc cette journée de janvier 1972 où une marche pacifique est organisée par Ivan Cooper, alors député protestant au parlement d’Irlande du Nord et par le Mouvement pour les Droits Civiques afin d’obtenir l’égalité entre les catholiques et les protestants en Irlande du Nord. Malheureusement, cette marche se terminera de façon tragique faisant 27 blessés et 14 morts parmi les manifestants.

Mais petit retour en arrière…

En 1922, l’Irlande devient un état libre mais 6 comtés du Nord faisant partie de la région de l’Ulster restent Britanniques: c’est l’Irlande du Nord.
Un tiers de la population d’Irlande du Nord est alors nationaliste républicaine (catholique) et refuse d’être séparée du reste de l’Irlande. Les deux autres tiers sont les unionistes (protestants d’origine britannique) et au pouvoir en Irlande du Nord.
Des années 20 aux années 60 plusieurs attaques et actes terroristes sont menés par l’IRA (Irish Republic Army) contre l’état Irlandais du Nord alors britannique (unionistes). Mais le manque de soutien des habitants nationalistes met un terme à leurs actions. Pourtant la colère de la communauté nationaliste à propos des discriminations sur l’emploi, le logement et le droit de vote augmentent, et en février 1967, le Mouvement pour les Droits Civiques (NICRA) est formé. Contrairement à l’IRA, ce mouvement est pacifiste. Plusieurs marches dans les rues de Belfast et de Derry ont alors lieu provoquant à chaque fois des émeutes avec jets de pierres, de bombes, contre la police britannique, jusqu’à ce Dimanche sanglant où au lieu de se retrouver face à la police de Derry, les manifestants se retrouvent face aux paramilitaires britanniques, le gouvernement britannique ayant décidé d’en finir avec le Mouvement pour les Droits Civiques et d’imposer son autorité une fois pour toutes.

 

bloody_sunday_peinture_murale_Derry

Peinture murale qui se situe à Derry, dans le quartier où le Bloody Sunday s'est déroulé...

 

Bloody Sunday, le film

Paul Greengrass a mis tout en œuvre pour que le spectateur se retrouve plongé dans cette journée. La manière de filmer n’est pas habituelle, il donne réellement l’impression que le film est d’époque et que c’est un réel documentaire. Les scènes sont parfois troubles, un personnage peut masquer la scène filmée, le caméraman est parfois en retard sur la scène à filmer, tout est fait pour que les scènes paraissent authentiques, comme si elles avaient été filmées le jour même.
Le mot authenticité caractérise aussi bien la manière de filmer que la volonté du réalisateur anglais de se rapprocher de la vérité.
Pour tourner ce film, Paul Greengrass a fait appel à la population de Derry, mais aussi à des militaires britanniques afin que les déplacements paraissent plus réels. Il a même fait lire le script par Mark Redhead (producteur exécutif) et James Nesbitt (Ivan Cooper dans le film) aux familles des victimes, afin de voir leur réaction et d’être sûr que le film serait bien accueilli.
Il faut rappeler pour ceux qui n’ont pas vu le film qu’un rapport du nom de Widgery alors ministre de la justice lors des faits, ayant pour but d’expliquer comment une telle tragédie a pu avoir lieu, n’incrimine aucun militaire, par contre considère les victimes comme des terroristes. Ce rapport a été fortement décrié notamment par les familles des victimes mais aussi par des témoins de cette journée. (C’est seulement en 1998, sous la pression des États-Unis et de l’Irlande que Tony Blair dans la perspective d’un accord de paix, propose de rouvrir l’enquête).
Le film ayant été tourné pendant les auditions de la nouvelle enquête Saville, il était important de se rapprocher au plus près de ce qui s’était passé ce jour-là et surtout de ne pas porter de jugement. Le film n’est ni pro-IRA, ni pro-Unioniste, il est pour la paix et s’efforce de montrer ce qu’une telle violence peut provoquer comme souffrance et que malheureusement la violence entraîne la violence puisque suite à cette journée, l’IRA a vu ses rangs s’agrandir et les actes terroristes en Angleterre comme en Irlande du Nord se sont intensifiés.

Ce que j’ai vraiment aimé dans ce film c’est qu’il n’accuse personne, même ceux qui ont commis le pire. Cela permet aux familles de victimes de ne pas cultiver la haine et cela leur permet aussi d’être reconnues à travers ce film en tant que victimes, puisque le rapport Widgery était encore le seul qui existait à la sortie du film. Ce film a un rôle exutoire mais aussi un rôle de mémoire pour toutes les victimes qui ont péri pendant cette période.
Il n’est jamais facile de parler de faits tragiques qui se sont réellement passés et surtout lorsque les plaies ne sont pas encore fermées, et que les rancoeurs existent encore. Il faut être très prudent tout en restant ferme sur ses intentions et c’est ce qu’a fait  Paul Greengrass avec ce film.

Pour ceux qui ont aimé Bloody Sunday, je conseille Omagh, encore un film de Paul Greengrass, mais aussi les films de Jim Sheridan notamment In the name of the father et The Boxer, et sinon je conseille tout simplement d’aller en Irlande !!

Anne


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