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Chronique de... Amine datant du 15 Janvier 2007:

Amine

Amine

Présentation d'Amine par Alexis:

Amine est de nationalité algérienne. Arrivé à Toulouse en septembre 2004, nous nous sommes rencontrés la même année. Des connaissances communes et un goût semblable pour la fête nous ont rapprochés. Il est resté un an dans la Ville rose, avant de partir poursuivre ses études à Paris. Notre amitié ne s'en est pas trouvée atteinte.

Agé de 26 ans, Amine étudie l'anglais et plus précisément la traductique et la gestion de l'information, spécialité document numérique multilingue. Ses passions sont la batterie, le metal progressif et le basket ball.

Amine nous propose aujourd'hui une critique du film Indigènes, de Rachid Bouchareb. Sa vision d'algérien rend son analyse d'autant plus intéressante.

 

Indigènes

Indigènes

Réalisateur: Rachid Bouchareb
Interprètes: Jamel Debbouze (Saïd), Samy Naceri (Yassir), Roschdy Zem (Messaoud), Sami Bouajila (Abdelkader), Bernard Blancan (Martinez)...
Date de sortie: 27 septembre 2006
Genre: Guerre
Durée: 2h08
Nationalité: France

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Contexte:

Au cours d’une conversation téléphonique, Alexis et moi avons évoqué le film Indigènes. En cinéphile invétéré (qu’il est), Alexis était particulièrement intéressé par mes commentaires sur le film, sachant que contrairement à lui je ne suis pas un grand cinéphile. Quelques jours après, il m’a adressé un e-mail dans lequel il m’a posé d’autres questions concernant mes impressions sur le film, je lui ai alors répondu en lui résumant tout ce que j’avais retenu de ma soirée ciné dans un e-mail peu soigné comme on s’en envoie tous les jours, c’est là où mon ami Alexis a eu l’idée de me demander d’écrire une chronique sur le film ; au début je me suis dit que ce n’était pas une bonne idée, pour la simple raison que je n’avais jamais écrit de chronique auparavant, encore moins celle d’un film, je lui ai tout de suite dit que je n’étais pas compétent pour cette tâche, surtout que je savais que le site "Films Pour Nous !" représentait beaucoup pour lui et qu’il fournissait des efforts considérables pour sa réussite. Je lui ai répondu qu’il valait peut être mieux laisser cet exercice à des gens qui ont des capacités rédactionnelles et des techniques analytiques avérées dans le domaine du cinéma, d’autant plus que la thématique du film touche à un sujet historique très épineux, surtout par les temps qui courent. Alexis m’a alors menacé et m’a accusé de remettre en question notre amitié :-) J’ai fini par accepter de prendre le risque et de m’adonner à cette activité périlleuse.
J’ai évidement été honoré par la proposition de mon ami toulousain, je lui ai cependant dit que je n’avais pas grand-chose à ajouter de plus que le contenu de l’e-mail dans lequel je décrivais mes sentiments après la séance ; après réflexion j’ai trouvé un compromis et j’ai décidé de garder le substrat du courrier électronique pour son côté spontané, puisqu’il n’était pas supposé être lu par les visiteurs du site "Films Pour Nous !", j’ai alors essayé de l’améliorer pour me rapprocher le plus possible d’un style d’écriture qui me semblait être celui de la chronique.
A mon avis, l’une des raisons qui ont motivé Alexis à me demander d’écrire la chronique est ma nationalité algérienne. En effet, en tant qu’algérien, j’ai appréhendé les faits relatés dans ce film d’une manière différente de celle d’un français ou d’un français d’origine algérienne ou encore d’un spectateur de toute autre origine. Aussi, il est vrai que le fait de suivre les dialogues directement sans passer par les sous-titres peut déceler des aspects utiles à l’analyse du film.
Vous remarquerez que je ne me suis pas privé d’ajouter quelques phrases qui ont pour but de taquiner Alexis, son esprit chauviniste et patriote en prendra un sacré coup ;-) il sait de quoi je parle :p).


Indigènes
est un film s’inspirant de faits "authentiques" ; selon Rachid Bouchareb, c’est le résultat d’années de recherches, de nombreux entretiens avec des historiens et des vétérans qui ont survécu à l’Histoire tragique qui a lié la France et l’Algérie. J’ai mis "authentiques" entre guillemets car c’est autour de ce mot qu’est née toute la polémique. Le problème avec ce genre d’initiatives c’est que l’authenticité des faits est relative et pas forcément facile à vérifier, c'est-à-dire que même s’il existe des écrits, des témoignages, des preuves, certains angles resteront à jamais sombres, ils resteront des angles morts pour toujours.
Cette œuvre cinématographique est émouvante, et je la recommande à tous les amateurs de cinéma en général, et à ceux de films de guerre en particulier. Le film revient sur un fait de l’histoire jusque là occulté, en l’occurrence celui du sort des milliers de soldats africains en Italie, en France et en Allemagne, envoyés par l’armée française pour combattre le nazisme, ces soldats n’ont eu aucun mérite pour la lutte qu’ils ont menée… pire encore, la France ayant retrouvé sa liberté, les soldats survivants sont rentrés en Afrique pour redevenir colonisés.
Première chose frappante, du moins pour ceux qui peuvent faire la différence entre les variétés de l’arabe dialectal maghrébin, c’est l'accent de Jamel Debbouze quand il parle arabe, celui-ci est très mal exécuté, je pense que R. Bouchareb et son équipe auraient pu faire un effort de ce côté là sachant que beaucoup de maghrébins regarderaient le film ; tout au long du film, Debbouze parle un arabe marocain, qu’il maîtrise d’ailleurs à peine, on ne peut pas lui en vouloir, cette langue n’est pas sa langue maternelle à cent pour cent (même si ses parents sont marocains), ce qui m’a le plus dérangé c’est qu’avec ça il joue le rôle d’un algérien. Ensuite, quand il fait des efforts pour parler français avec un accent d’indigène, il est loin de le réussir, quant à l’accent de Samy Naceri c’est "no comment".

Jamel Debbouze

Jamel Debbouze dans Indigènes


Comme beaucoup de gens, je pense que l’initiative du réalisateur est courageuse et très louable. Je tiens aussi à saluer la liberté d’expression en France. L’œuvre de Rachid Bouchareb a été très bien accueillie, je suis sûr que dans d’autres pays ça se serait passé tout autrement. Mais ce que je trouve étonnant c’est que l’intégralité de l’histoire n’a pas été restituée, je n’ose pas dire que ça a été déformé mais il manque quand même un élément très important. Je m’explique, les Africains qui sont allés aider les troupes françaises pour lutter contre le nazisme ne l’ont pas fait par amour pour la France mère patrie, ni de gaieté de cœur comme le film le prétend, (désolé de décevoir les nostalgiques de l’Algérie française :-) ) ils l'ont fait parce que le colonisateur leur avait promis l'indépendance si la guerre contre l'Allemagne était remportée, (ça coïncide avec les événements de «Setif, Galma et Kherrata» en Algérie où des milliers d'algériens sont sortis manifester dans les rues pour faire rappeler sa promesse à la France, celle-ci leur a répondu par des balles, plusieurs milliers ont été fusillés, je vous renvoie à votre moteur de recherche préféré).
Ensuite il y avait trois autres catégories de tirailleurs, ceux que l’armée française a forcé à aller sur les fronts, puis ceux, extrêmement pauvres, qui l’ont fait pour l’argent.
La première scène montre un vieil homme dans un village recrutant des soldats et leur disant de le rejoindre dans sa lutte pour «sortir la France du pétrin dans lequel elle se trouve». Objectivement, je ne pense pas qu’un peuple colonisé et bafoué puisse avoir la motivation d’aider son ennemi à se sortir de sa situation difficile, en tout cas le moins qu’on puisse dire c’est que les paroles du vieux étaient exagérées, on aurait presque dit que c’était leurs meilleurs amis qui étaient en mauvaise posture. Je ne suis ni expert en histoire ni en cinématographie, et la politique est le dernier de mes soucis, je me permets ces commentaires en m’appuyant sur le bon sens.
L’autre catégorie est celle des Harkis, ce sont les gens qui se sont mis du côté de la France pendant la guerre de libération en Algérie, ils rapportaient les faits et gestes des moudjahiddines (les révolutionnaires), ils étaient une sorte d'indics qui prétendaient être pour la libération de l'Algérie mais qui étaient des agents doubles.
Concernant les scènes d’échanges de coups de feux, elles étaient trop longues à mon goût. A l’exception de ces quelques aspects que j’ai énumérés plus haut, j’ai adoré le film.
Indigènes est un film extraordinaire, notamment de par sa dimension humaine, la fraternité des armes a toujours donné de la matière aux réalisateurs pour reconstituer des scénarios très intéressants. En tout cas, les avis ont beau être divergents, une chose est sûre, l’aspect technique du film ne donne pas lieu à autant de polémiques, tout le monde s’accorde pour dire qu’en regardant le film on s’y croirait.

Roschdy Zem, Samy Naceri, Jamel Debbouze et Sami Bouajila

Roschdy Zem, Samy Naceri, Jamel Debbouze et Sami Bouajila pendant le tournage.


Cependant, il y a une scène que je n’ai toujours pas comprise, c’est celle qui montre la première bataille des tirailleurs juste après leur recrutement alors qu’ils n’avaient aucune expérience militaire ni n’ont-ils été entraînés ; à un certain moment on voit l’armée française en train de faire des manœuvres militaires et de tirer de leurs postes sans se déplacer, et les soldats africains étaient envoyés en premier affronter l’ennemi en éclaireurs, on ne comprenait pas vraiment d’où venaient les obus, on aurait dit que l’armée française tirait sur les tirailleurs africains pour les entraîner ou je ne sais quoi !!! ... en tout cas ce n’était pas clair.
Pour l’anecdote, l’oncle de ma mère lui racontait que pendant la guerre de libération, les maquisards algériens envoyaient des ânes et des mules les devancer pour leur frayer un chemin dans les zones où il y avait des mines antipersonnelles, il ajouta que pendant leur mission face aux nazis, ceux qui avaient le rôle des ânes, c’étaient eux ; il lui a rapporté qu’une fois, pendant une embuscade que les troupes allemandes leur avaient tendue, les soldats français ont battu en retraite laissant les africains faire face aux allemands.
Tout ça pour dire que les guerres ont existé des siècles durant, mais l’homme ne s’est toujours pas rendu compte de sa bêtise, et malgré toutes ses avancées et ses inventions, il en est au même point aujourd’hui, à essayer de s’affirmer, à tuer des innocents au nom d’un but qui n’est finalement pas différent de celui d’antan…
Evidemment, comme dans tout film de guerre qui se respecte une histoire d’amour s’est imposée, le réalisateur a fait plaisir au spectateur avide des ingrédients de base du cinéma, violence, sentiments… Une histoire d’amour entre une française et un soldat épris par sa beauté… l’histoire classique quoi… enfin… presque…
Les talents humoristiques de Jamel Debbouze ont été au rendez-vous. Le rôle d’humoriste lui a tellement collé à la peau que le public ne peut plus l’imaginer autrement, même le réalisateur a compris cela et lui a accordé quelques scènes pour qu’il fasse son métier préféré: faire rire, on le voit raconter ses périples de guerre et dire à quel point il était courageux…
Quand au personnage que je qualifierais de personnage principal, le héros, c’est Abdelkader.
A cause de son charisme dans le film, certains l’ont comparé à Ben Bella, le révolutionnaire algérien qui est devenu plus tard le premier président de la République algérienne, notamment quand il s’est insurgé pour dénoncer le traitement injuste que subissaient les soldats africains en caserne et leurs conditions de vie différentes de celles des soldats français.
A la fin de la séance, un geste du public m’a vraiment fait plaisir, les gens se sont mis debout et ont applaudi à la mémoire des tirailleurs africains. Je me suis dit qu’on a quand même fait un grand pas en avant. J’ai même entendu dire que suite à ce film, le dossier des pensions allouées aux familles des tirailleurs et gelées depuis un bout de temps a été rouvert. Jacques Chirac a ordonné cette action après avoir regardé le film qui, je le rappelle, a reçu le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes.
Pour ma part, je pense que l’état actuel des choses a fait que ce film a été perçu différemment que s’il était sorti il y a 3 ou 4 ans. Quoi qu’on en dise, avec Indigènes, Rachid Bouchareb a vraiment flirté avec les limites du «politiquement correct».

Amine

Amine a souhaité laisser à disposition son adresse e-mail pour d’éventuelles remarques: l1di1@hotmail.com



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