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Chronique de... Clémentine datant du 1er Juin 2008:

Clémentine

Clémentine


Présentation de Clémentine, par Alexis
:

C'est au cours du DULP (diplôme d'anglais) suivi cette année à l'Université des Sciences Sociales de Toulouse que j'ai rencontré Clémentine. Etudiante en deuxième année de droit, cette jeune fêtarde de 19 ans est une vraie cinéphile. Aujourd'hui, Clémentine nous propose une étude très approfondie du chef-d'œuvre de Ridley Scott, le futuriste Blade Runner.


Blade Runner

Blade Runner

Réalisateur: Ridley Scott
Interprètes: Harrison Ford (Deckard), Rutger Hauer (Roy Batty), Sean Young (Rachael),
Edward James Olmos (Gaff), Daryl Hannah (Pris)...
Date de sortie: 15 septembre 1982 (repris le 5 décembre 2007)
Genre: Science Fiction, Fantastique, Thriller
Durée: 1h57
Nationalité: États-Unis

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La projection de la version « director’s cut » de Blade Runner sur les écrans toulousains a été l’occasion de découvrir ce chef d’œuvre des années 80 sur grand écran.
Ce film, réalisé par Ridley Scott, à qui l’on doit entre autres l’énorme succès des années 2000, Gladiator, est considéré comme un « classique ».
Les thèmes (tenter d’échapper à son passé pour le héros, se frayer un chemin dans une logique inexorable sans issue), les personnages désabusés, les femmes fatales, les costumes et les lumières, tout évoque le Film Noir, genre américain qui connut son apogée dans les années 40 à 60.
A ce style visuel est associée une réflexion sur l’humanité, une question récurrente dans toute civilisation.

Introduction

Au début du 21ème siècle,
l’entreprise Tyrell développa la robotique
et créa la génération Nexus
– un être virtuellement identique aux humains –
appelé Répliquant.
Les Répliquants Nexus 6 étaient
supérieurs par la force et l’agilité,
et égaux par l’intelligence
aux généticiens qui les avaient créés.
Ils servaient de main d’œuvre
dans l’exploitation périlleuse et la colonisation
d’autres planètes.
Suite à la mutinerie sanglante
d’une équipe de combat Nexus 6,
les Répliquants furent déclarés illégaux sur Terre
– sous peine de mort.
Des forces spéciales de police – les unités Blade Runner –
avaient ordre de tirer pour tuer
tout Répliquant clandestin.

On n’appelait pas cela une exécution.
C’était un retrait.

LOS ANGELES, NOVEMBRE 2019

Early in the 21st Century,
the Tyrell Corporation advanced
robot evolution into the Nexus phase
– a being virtually identical to a human –
known as a Replicant.
The Nexus 6 Replicants were
superior in strength and agility,
and at least equal in intelligence,
to the genetic engineers who created them.
Replicants were used Off-world as slave labor,
in the hazardous exploration and colonization
of other planets.
After a bloody mutiny by a Nexus 6 combat team
in an Off-world colony,
Replicants were declared illegal on Earth
– under penalty of death.
Special police squads – Blade Runner Units –
had orders to shoot to kill,
upon detection, any trespassing Replicant.

This was not called execution.
It was called retirement.

LOS ANGELES, NOVEMBER 2019

 

L’histoire

Après avoir pris en otage et tué les membres d’équipage et les passagers d’un vaisseau, six Répliquants débarquent sur Terre à la recherche de leur créateur, le Docteur Tyrell.
Une tentative vaine de pénétrer dans l’entreprise mère coûtera la vie à deux d’entre eux.
Suite à la découverte du vaisseau, le capitaine Bryant lance un Blade Runner à leur poursuite.
Celui-ci est tué lors d’un interrogatoire. Bryant se tourne alors vers un ex-agent, Deckard.

BattyLeon
Roy, Zhora, Leon et Pris, les Répliquants traqués.


Le Livre

 Do androids dream of electric sheep ? [Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, renommé Blade Runner après la sortie du film éponyme] de Philip K Dick.
On lui doit également la trame de Total Recall de Paul Verhoeven [Souvenirs à vendre], celle de Minority Report de Steven Spielberg [Rapport minoritaire] ou encore Paycheck de John Woo [La clause du salaire].

On note certaines différences entre le film et le livre:

En premier lieu, la date et le lieu (LA 2019/San Francisco 1992).
Certains éléments ne sont pas reproduits, comme le « mercerisme », l’orgue émotionnel de Penfield ou encore la boite d’empathie.
Dans le roman, Deckard a une femme, Iran. De plus, Pris et Rachael y ont la même apparence. Deckard est toujours en service, le terme Blade Runner n’existe pas et les Répliquants sont appelés « andro » (pour androïdes).
Deckard s’occupe de son mouton électrique (car les vrais animaux ont disparu, et les rares survivants valent un prix très élevé, les réservant à une élite, tandis que les animaux électriques foisonnent en remplacement) tout en rêvant de pouvoir s’en offrir un vrai.

Le Film

ambiance
Les pyramides Tyrell dominent la ville dans le brouillard et la fumée, un smog étouffant.

L’ambiance

La ville crache des flammes. On voit des explosions dans le ciel. Des temples en forme de gratte-ciel se dressent vers un ciel rougeoyant rempli de smog. Des éclairs zèbrent l’horizon. Des machines survolent l’immense cité, qui semble une fourmilière de points lumineux. Pourtant, il fait noir.
Los Angeles en 2019 est devenue une ville monstre, futuriste et archaïque à la fois.
L’éclairage de ce point de vue est une parfaite réussite : sans la lumière du jour, c’est tout le naturel qui a été perdu. Les lumières artificielles sont toutes blafardes, trop fortes ou trop faibles. Elles n’éclairent pas, elles aveuglent. Ou bien ce sont des plans en contre-jour. Les bâtiments gigantesques et la pluie constante qui s’abat sur la ville sont une marque supplémentaire de l’impersonnalité et de la froideur du lieu.

Le contexte

C’est dans cet univers où la rue appartient à un mélange hétéroclite de peuples, tandis que les derniers Blancs qui  n’ont pas encore émigré dans les colonies hors la terre s’isolent dans de grands palais (telles les pyramides, symbole de puissance et de savoir, de la firme Tyrell) que vit Deckard, ancien Blade Runner désabusé et laconique, tel un héros de film noir.

rue
Dans les rues se croisent des punks, des bouddhistes, des asiatiques…

Lorsqu’un petit groupe de Répliquants réussit à débarquer sur Terre, en quête de réponses quant à leur vie, la chasse commence. Mais lors d’un test d’empathie (appelé le Voigt-Kampf test, qui permet de repérer les Répliquants grâce à leur manque de sensibilité envers les animaux, et leur manque d‘empathie envers quiconque) le Blade Runner en charge de l’affaire est tué par l’un des Répliquants. C’est alors vers Deckard que se tourne Bryant, son ancien Capitaine, par l’intermédiaire de Gaff, son homme de main. Il parcourt alors les rues cosmopolites à la recherche des Répliquants, ou d’indices. Gaff semble toujours le suivre, présence silencieuse de la raison et de la pression sociale pesant sur Deckard.


Les personnages

personnages 1
Roy, Deckard, Rachael et Pris sont les personnages centraux du film.

A Deckard, homme discret qui semble se fondre dans ces rues sombres et dont le nom ne peut qu’évoquer Descartes et son affirmation de la conscience de soi de l’être humain (« je pense donc je suis », phrase reprise par Pris) on oppose la figure de Roy, le « leader » du groupe de Répliquants.
Ce grand blond à la silhouette athlétique semble être l’incarnation du surhomme nietzschéen, la « perfection absolue » de l’auteur, féroce mais esclave. Le surhomme est celui qui se libère de ses démons et des idoles, c’est un homme libre de penser, de douter, et sa perception de la beauté et de la grandeur de l’univers témoigne de sa dignité propre. Il est au delà des valeurs médiocres indispensables aux autres pour supporter de vivre.
Mais ici, c’est d’abord l’aspect physique du surhomme qui résonne. Une impression gênante de la vision hitlérienne, la perfection aryenne, un homme grand, physiquement surpuissant, blond aux yeux bleus. Roy est l’illustration de la nouvelle folie des hommes.
Il vient chercher des réponses auprès de ceux qui l’ont créé. Mais ces ingénieurs apparaissent comme des êtres médiocres, voire faibles. Ainsi l’ingénieur en charge de la création génétique de son corps, que Pris a trouvé, est un jeune homme au visage ridé, rongé par une maladie, un syndrome de décrépitude accélérée, symbole d’une humanité dégénérée. Cet homme, J.F. Sebastian, est cependant la clé qui le conduira chez son concepteur, son « père ».
Lors de sa rencontre avec son créateur, sa déception est d’ordre existentiel : c’est un vieil homme misanthrope et imbu de sa réussite, atteint du complexe de Dieu. Le miracle souhaité ne peut avoir lieu, Tyrell n’est pas capable de prolonger sa durée de vie et ne le veut pas, comme il le lui laisse comprendre («The light that burns twice as bright, burns half as long. And you have burned so very, very brightly, Roy.»

En le tuant, en commettant à la fois un parricide et un déicide, le fils prodigue, l’« être parfait » devient ange déchu.
Cette obsession chez les hommes de la recherche et de la création d’un être se rapprochant de l’idée de perfection est associée à un sentiment d’infériorité et à un désir absolu de contrôle et de domination (le pouvoir est l’absolue corruption de l’homme, qui est prêt à tout pour le conserver) inhérents à la nature humaine : si les Répliquants sont « meilleurs », ce sont des esclaves, des jouets, et les hommes ont assis leur domination en limitant leur durée de vie afin de les empêcher de développer des sentiments propres qui pourraient les pousser à la rébellion. C’est d’ailleurs le sens nouveau de la recherche en la matière : en leur implantant des souvenirs (comme c’est le cas pour Rachael, la secrétaire de Tyrell), en leur donnant un passé, on parvient mieux à contrôler leurs émotions. 
Rachael, qui ignore qu’elle est une Répliquante, est trahie par son absence de réaction lors d’un test effectué par Deckard à la demande de Tyrell. Cependant, même un Blade Runner compétent comme lui a besoin de presque cinq fois plus de questions pour le découvrir.
Un doute plane sur le film : Deckard est-il bien humain ? Rachael lui demande s’il a déjà subi le Voight-Kampff test. Le spectateur commence alors à se poser des questions, à étudier son cas.
Dans la version du réalisateur, il rêve d’une licorne, symbole de pureté et de liberté. A la fin du film, lorsqu’il s’enfuit avec Rachael, la licorne en origami déposée par Gaff devant son appartement laisse penser qu’il pourrait bien être un Répliquant, reprogrammé par les Forces de l’Ordre pour utiliser ses capacités spéciales à leur avantage. Ce rêve serait un implant mémoriel auquel on pourrait avoir accès, comme il a pu lui même avoir accès aux « souvenirs » de Rachael.

persos2
Mais Gaff, Sebastian, Leon et Zhora, rôles secondaires, n’en restent pas moins des personnages essentiels.


L’Humanité

La question de fond soulevée par le film est celle de l’humanité.
Tous les « humains » du film semblent persuadés qu’elle est une valeur innée inhérente aux seuls humains. Mais en est-il vraiment ainsi ?
La différence biologique est nulle entre Répliquants et humains. Pourquoi ne seraient-ils pas « humains » ?
L’humanité est-elle un sentiment uniquement associé à l’homme, ou une valeur qui s’acquiert avec l’expérience et les émotions liées à la conscience, présente à la fois chez les humains et les Répliquants ?

Les hommes sont seuls.

Tyrell est seul dans sa tour d’ivoire, J.F. Sebastian est seul dans son grand appartement, Deckard est seul [cependant il tente de former un couple, un groupe restreint avec Rachael. Cela ne peut-il pas nous conforter dans le doute sur sa nature ?].
Les Répliquants, eux, sont en groupe, comme une sorte de famille. Il est paradoxal de constater que c’est chez eux que subsiste le dernier bastion de la vie en communauté, qui est une des caractéristiques fondamentales de l’humanité, qui s’est toujours regroupée, nécessairement, et pour être plus forte.                                                                                                 
Roy rappelle également que les Répliquants ne sont pas des ordinateurs, mais des êtres physiques.   De plus, ils semblent être les seuls à ressentir le désir (que Roy ressent pour Pris) pleinement.
J.F. Sebastian ressent du désir pour Pris, lui aussi. Mais c’est un désir à son image : résigné, désabusé, déjà mort.
Or le désir est un des éléments caractéristiques de l’humanité, qui semble avoir disparu dans une race humaine tombant en ruine.
La relation entre Deckard et Rachael semble d’un autre genre : finalement, plus que du désir pour cette femme qui l’intrigue, n’est-ce pas plutôt une volonté farouche de se prouver qu’il existe, qu’il est bien humain ?                                                           
Les rôles définis volent en éclat comme la vitre que Zhora brise lorsqu’elle est abattue par Deckard. Il ressemble désormais à une machine sans âme, et son adversaire semble maintenant un homme blessé. Le chasseur devient alors chassé, dans une mémorable course poursuite, par Roy, qui veut survivre et venger ses amis. Dans le duel final, les rôles se mélangent et se confondent. Roy nous rappelle que Deckard est le « gentil »,    
(« I thought you were supposed to be good. Aren't you the... 'good' man ? ») mais nous pouvons rester dubitatifs. Cette impression est renforcée par le fait que les Répliquants sont les seuls à sembler pouvoir échapper à la classification sociale de « naturel » ou « artificiel ». 
Il met Deckard devant sa vérité (« Quite an experience to live in fear, isn't it? That's what it is to be a slave ») et partage avec lui ses sentiments. Il est désormais seul, car Deckard a éliminé tous ses compagnons.                                                                            
 Roy lui sauve la vie sur le toit juste avant sa chute, faisant par là même preuve d’une humanité dont on se demande si elle aurait fonctionné dans le sens inverse.

humanite
Tournage du sauvetage de Deckard par Roy. Etre torturé, ce dernier fait figure d’ange déchu. Il se place face à Deckard et le dépasse physiquement (il semble plus grand avec la perspective choisie) et spirituellement.

C’est là qu’il devient « surhomme », en maîtrisant sa violence (« Le beau est imprenable pour toute volonté violente. [...]Et je n'exige la beauté de personne comme de toi, homme violent : que ta bonté soit la dernière de tes victoires sur toi-même» Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, « Des Hommes Supérieurs »)
La différence morale entre Répliquants et humains n’existe plus, et les dernières paroles de Roy, (« I've seen things you people wouldn't believe [...] All those ... moments will be lost in time, like tears...in rain. ») révèlent une humanité profonde, une conscience de la beauté, de la grandeur du monde mais également celle de la nécessité de la mort et de la disparition des souvenirs qui s’éteindront avec lui. Cette mort imminente qui l’attend (la fin de sa ‘programmation’), et qu’il tentait depuis toujours de faire reculer, celle là même qui l’a poussé à venir chercher son créateur afin de mieux la fuir, il l’assume, la comprend et l’accepte. Cette idée de non éternité est essentielle à la notion d’humanité, associée à la transmission, qui seule peut faire perdurer l’homme dans le temps. Il a compris que la valeur de la vie est la plus importante. C’est pourquoi il a choisi de sauver son meilleur ennemi, son égal. Pour qu’il survivre.
Il atteint alors un degré d’humanité -de surhumanité ?- tel que Deckard, Répliquant ou humain, ne semblera jamais en mesure de comprendre ou d’atteindre. Cela est d’autant plus troublant que les Répliquants sont supposés ne pas être ‘humains’.               
C’est à cet instant de compréhension qu’il meurt, en libérant la colombe qu’il tenait dans ses mains et qui s’envole vers les cieux éphémèrement bleus, symbole de sa délivrance, abandonnant Deckard sur Terre, sous la pluie, porteur de ces dernières confidences comme un secret, un témoignage, un héritage qui changeront à jamais sa vie.
Le slogan de Tyrrell (« More human than human ») prend alors un sens nouveau. Et si les Répliquants, des êtres ‘innocents’ étaient les seuls assez libres pour atteindre l’humanité ?

Deckard est maintenant chassé à son tour - pour avoir choisi d’aider Rachael - par Gaff, symbole de la mixité sociale régnant à présent sur Terre.
Cependant, la licorne nous laisse penser que Gaff est venu dans l’appartement de Deckard, qu’il a vu Rachael endormie, et qu’il lui a laissé la vie sauve. Pourquoi, nous ne le saurons pas. Nous ne pouvons que supposer ; une prise de conscience, un élan de générosité (puisque Rachael a elle aussi une «durée limitée ») ?
Mais montrer Gaff sous cet angle positif, n’est-ce pas finalement laisser un espoir sur cette population des bas fonds de la Terre appelée à émerger, à une période transitoire, après la mort du symbole de la domination (Tyrrell) ?

La Femme

femmes
Zhora, alias Miss Salome (and the snake), fuit Deckard dans un costume en cuir très suggestif.
Pris, grande poupée blonde aux mensurations de rêve, cherche juste à vivre.
Rachael sera la seule femme à survivre. Mais avec Deckard et à quel prix ?

Misogynie ou avis pessimiste sur le statut de la femme dans la société ? La question peut se poser.
Les rôles de femmes sont au nombre de trois : Zhora, Pris et Rachael.
Leur statut est dominé, ou diminué : Pris est un modèle basique de plaisir pour les bases militaires, et Zhora (qui était un modèle de combat spécialisé en assassinat)  est danseuse de charme dans un cabaret. Qui plus est, elle et son serpent ne sont pas sans rappeler la Genèse, l’histoire de la tentation d’Eve par le serpent, sa faiblesse qui la conduit à être chassée de l’Eden avec Adam. Cette faute originelle semble peser, la femme est réduite à son corps. Le mieux qu’elle semble pouvoir obtenir, c’est d’être secrétaire, comme Rachael. Mais toujours soumise.

De plus, le constat est sombre. On ne voit aucune femme « humaine », seulement des Répliquantes.
Celles qui se rebellent, qui s’affirment face aux hommes sont massacrées.
Zhora meurt abattue par Deckard après une course poursuite effrénée dans les rues.  Deux balles entre les omoplates.  Elle ressemble à un ange aux ailes arrachées, presque en sous-vêtements sous son manteau en plastique transparent.
Pris meurt de plusieurs balles en plein torse lors de son combat contre Deckard dans l’appartement de Sebastian. Sa rage de vivre est telle que son corps continue de remuer pendant quelques instants après sa mort.
Elles se sont toutes deux battues pour survivre et tenter d’exister et Deckard ne doit sa survie qu’à son pistolet. Sans lui, il aurait été tué par tous les Répliquants qu’il a rencontrés.
Rachael a un statut particulier. Elle a sauvé Deckard lorsqu’il était agressé par Leon, et elle n’avait pas conscience de sa nature de Répliquante jusqu’à ce qu’elle lui soit révélée par Deckard. Au long du film, elle perd cet air hautain et fier qu’elle montrait lors du Voight-Kampff test. Elle qui s’est laissée faire, qui reste soumise à son destin, à la découverte de sa véritable nature, sous la protection d’un homme, survit à ses consœurs.
Grâce à Deckard ?
Elle semble ne pas avoir de volonté. Lorsqu’il l’embrasse, on peut se demander si c’est ce qu’elle désire, même si c’est elle qui lui dit « Put your hands on me ». Vrais sentiments ou désir de protection ?
Le film ne se prononce pas.
Ce sont de belles femmes, chacune dans son style : corps athlétique et sensuel pour Zhora, corps de poupée et regard ingénu pour Pris, troublante héroïne de film noir pour Rachael.
La femme existe par son corps. Il est son instrument privilégié. Elle sait s’en servir à son avantage dans un monde matériel où toute spiritualité semble avoir disparu, malgré la présence de moines bouddhistes dans les rues. Elle a perdu tout symbolisme de fécondité, de générosité, de transmission, au sein d’une humanité décrépite qui ne semble plus pouvoir ni vouloir perpétuer l’espèce.

Clémentine


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